Mardi dernier et pour la première fois depuis dix ans, les neuf organisations syndicales de la fonction publique (CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC et FA-FPT) avaient appelé à faire grève. Des milliers de personnes se sont donc retrouvées dans de nombreuses villes de France pour à la fois dénoncer les futures mesures du gouvernement et pour protester contre la remise en cause de la fonction publique elle-même.

Quelles sont les revendications des syndicats et des grévistes ?

Les raisons sont aussi diverses qu’il y a de métiers différents dans la fonction publique. En effet un·e fonctionnaire peut être autant un·e infirmier·ère, qu’un·e policier·ère ou un·e agent·e administratif·ve et des entreprises maintenant privées comme La Poste ou Orange emploient encore aujourd’hui des fonctionnaires.

La première raison à cristalliser les tensions est celle du rétablissement du jour de carence.
Cette mesure instaurée en 2012 par Nicolas Sarkozy et supprimée en 2014 par François Hollande, avait pour but de lutter contre l’absentéisme dans la fonction publique. En effet, elle permettait de priver un·e fonctionnaire du paiement de son premier jour d’absence et était ainsi supposée dissuader les personnes qui abuseraient du système.
C’était une des promesses du candidat Macron, mais les syndicats dénoncent «une véritable insulte» (CGT), «une manière de stigmatiser les fonctionnaires» (FO) et déplorent que «cela ne résout en rien les problématiques de fond qui sont la dégradation des conditions de travail avec des conséquences très lourdes pour la santé des agents» (Solidaires).

Deuxième point d’exaspération : le gel de la valeur du point d’indice. Autrement dit, le blocage des salaires des fonctionnaires à partir de 2018 alors même qu’ils avaient déjà été bloqués de 2010 à 2016. Cette réforme est perçue comme «une mauvaise nouvelle» qui «nuit au pouvoir d’achat des fonctionnaires et à la notion de carrière progressive» par l’UNSA et la CFDT, qui s’inquiètent de voir les agent·e·s public·que·s considéré·e·s comme «une simple variable d’ajustement budgétaire».

La hausse de la CSG (Contribution Sociale Généralisée, elle sert à financer la protection sociale) pose elle aussi problème.
Si tous les salarié·e·s du privé comme du public sont concerné·e·s par cette hausse, seule la majorité des travailleur·se·s du privé verront leur pouvoir d’achat augmenter par une baisse des cotisations sociales.
Les compensations accordées aux fonctionnaires par le gouvernement permettra seulement de maintenir au niveau actuel leur salaire. Pourtant, dans une lettre ouverte aux agent·e·s public·que·s publiée quelques jours avant le premier tour des présidentielles, Emmanuel Macron promettait que le pouvoir d’achat de ces agent·e·s augmenterait.

Les manifestant·e·s en ont aussi après la volonté du président de supprimer 120 000 postes, ce qui était une de ses promesses de campagne.
Cela concernerait la fonction publique d’Etat (50 000) et la fonction publique territoriale (70 000). En parallèle, 10 000 policier·e·s et gendarmes et 12 000 professeur·e·s des écoles pour les zones prioritaires seraient recruté·e·s. Cela ferait donc, après calcul, 98 000 emplois supprimés.
La FSU déclare: « C’est d’autant plus brutal qu’il faudrait d’abord mesurer les besoins des services publics. On est clairement sur des décisions technocratiques qui ne répondent pas à la réalité du terrain », l’UNSA regrette de son côté qu’à « force de supprimer des postes, les agents publics ne pourront plus exercer leurs missions ».

Enfin, c’est dans un souci de solidarité avec tous·tes les salarié·e·s du privé qui sont, eux, concerné·e·s par les ordonnances que les syndicats ont souhaité manifester. «Le 10 octobre est aussi une nouvelle étape franchie dans la mobilisation interprofessionnelle contre les projets ultra libéraux du gouvernement qui organisent la régression sociale généralisée» selon Solidaires.

Y a-t-il trop de fonctionnaires en France ?

À chaque campagne présidentielle, les fonctionnaires reviennent sur la table des propositions. Et le nombre de suppressions ou d’augmentations de postes varie fortement selon le candidat, à tel point que l’on ne sait plus qui croire quant à leur utilité réelle ou supposée. Représentant 40% du budget de l’Etat, elles et ils sont de véritables armes politiciennes.

5,4 millions de personnes font partie de la fonction publique française.
Les fonctionnaires sont réparti·e·s dans trois grandes catégories : 2,4 millions dans la fonction publique d’Etat (police, justice, prison..), 1,9 millions dans la fonction publique territoriale (régions, départements, communes..) et 1,1 million dans la fonction publique hospitalière.
Les fonctionnaires repr
ésentent 20% des salarié·e·s, secteur privé et secteur public confondus, soit un·e travailleur·se sur cinq. Parmi ces 20%, 17% sont des agent·e·s contractuel·le·s, c’est-à-dire qu’elles et ils n’ont pas la sécurité de l’emploi. Ce nombre est en constante augmentation.

Il est souvent dit que le nombre de fonctionnaires français est le plus élevé d’Europe et l’un des plus élevés du monde.
C’est vrai qu’en valeur absolue, la France est le pays qui en compte le plus, mais c’est aussi un des pays ses plus peuplés.
Pourtant, lorsque l’on creuse un petit peu, la France se classe 7ème en Europe sur le nombre de fonctionnaires par habitant·e·s (8 %), devancée – et de loin – par les pays nordiques: 12,9% pour la Finlande et 14,5% pour le Danemark.
L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) classe la France 16ème sur les 32 pays membres.
Mais les comparaisons avec les autres pays sont risquées, puisque tout le monde ne compte pas ses fonctionnaires de la même manière: l’Allemagne par exemple, 6,5 fonctionnaires pour 100 habitant·e·s, ne considère pas le personnel des hôpitaux, pourtant payé par l’argent public, comme des fonctionnaires. Si l’on prend donc en compte tous les employé·e·s considéré·e·s comme des fonctionnaires en France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis en comptent autant que la France.

Entre 2004 et 2014, 220 000 personnes ont intégré la fonction publique, principalement la fonction publique territoriale, au détriment de la fonction publique d’Etat qui, elle, a vu ses effectifs diminuer. Cela s’explique notamment par la décentralisation qui a vu les communes, les départements et les régions obligé·e·s de remplir de nouvelles missions, qui étaient jusqu’alors dévolues à l’Etat et par l’augmentation et le vieillissement de la population.


La police, l’éducation nationale et les hôpitaux représentent 60% des employé·e·s de la fonction publique et tout le monde ou presque, s’accorde à dire qu’il ne faut pas supprimer d’emplois dans ces secteurs-là, déjà bien trop débordés.
Mais alors où et comment faire des économies ?
La première solution est l’augmentation du temps de travail proportionnellement à l’augmentation du salaire. Le problème rencontré ici est simple : aucune économie ne serait réalisée dans le budget de l’Etat puisque l’augmentation des charges salariales reviendrait au même que l’embauche de nouveaux·elles fonctionnaires.
La deuxième solution avancée est celle de l’augmentation du temps de travail sans augmentation du salaire. Actuellement, la majorité des fonctionnaires travaillent 35h par semaine; si elles et ils travaillaient 39h payées 35h, cela permettrait de ne pas augmenter leur nombre, tout en palliant le manque d’effectifs. Mais, par exemple, les professeur·e·s français·e·s sont déjà les moins bien payé·e·s d’Europe donc qu’en serait-il de la qualité de l’enseignement si elles et ils étaient encore moins bien rémunéré·e·s ?
La troisième solution proposée serait de réduire les effectifs sans remplacement derrière. Pour se faire, il faudrait cibler les problèmes qui ont fait augmenter le nombre d’agent·e·s public·que·s et limiter les mesures législatives impliquant une hausse de l’embauche des fonctionnaires dans la fonction territoriale (comme la réforme des rythmes scolaires par exemple) mais cela ne permettra de réduire qu’un petit peu leur nombre. En effet, trop en supprimer provoquerait forcément une baisse de la qualité et de la quantité des services proposés par l’Etat et les collectivités territoriales.

Crédits photos : Corentin Mirallés.

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