What’s Up Montpellier est magazine sur le web permettant de donner la chance aux étudiants de l’Université Paul-Valéry Montpellier III d’écrire sur un support numérique d’information. En étroite collaboration avec les étudiants de l’ITIC (l’Institut des technosciences de l’information et de la communication), le journal partage régulièrement le travail des étudiants de l’institut afin qu’ils aient une visibilité proportionnelle à leur talent d’écriture.

Aujourd’hui, Mayeul Longueville, étudiant en 1ère année de Sciences du langage parcours CMM (Communication, médias et médiations numériques) a écrit une critique sur la bande dessinée Les Chroniques suédoises de Nils Glöt.

La Suède est le pays avec le plus de blonds, les plus belles femmes et la marque de mobilier à bas prix que l’on peut monter soi-même. Cette terre parfaite habitée par les gens les plus généreux du monde, ceux qui nous glissent toujours cette petit pièce en plus dans notre commande Ikea serrait-ils les génies de l’autodérision ?

C’est Nils Glöt qui, à travers 22 chroniques humoristiques, nous pousse à demander la nationalité suédoise. Avec des sujets comme l’environnement, la politique et la culture populaire traitée d’une façon quelque peu utopiste, ses histoires farfelues ne manquent pas d’idées inspirantes qui malgré leurs excentricités auraient pu être de vraies solutions. C’est avec beaucoup d’humour que l’auteur pousse le « modèle suédois » à son paroxysme. Sans nous faire tordre de rire à chaque pages, il arrive tout de même à nous séduire grâce à cet humour que je qualifierai de suédois. Dans un univers attachant où l’harmonie sociale entre tous les individus et le sens de l’éthique ont une grande
importance, cette bande dessinée nous pousse à croire en l’humanité (et aux suédois).

Après une courte présentation de l’auteur où l’on peut apprendre qu’il est le premier à réaliser la traversée de la suède à dos de renne, nous sommes directement confrontés au récit de la première chronique. Cette morphologie pour le moins originale rend d’une certaine manière la lecture décousue. On tourne les pages, non pas pour connaître la suite, mais plus par curiosité, pour découvrir comment le grand peuple suédois traite tel ou tel problème contemporain. Vous l’aurez compris, ce ne sont pas ici les aventures d’un journaliste belge à la recherche du trésor de Rackham le rouge où le dénouement nous tient en haleine tout au long de la lecture. Par son manque de trame et de fluidité entre les chroniques, l’ouvrage aurait gagné à conserver des personnages récurrents pour rendre ceux-ci beaucoup plus attachants. Mais on pardonne tout de même au français Nils Glöt, Thomas Lapanouse de son vrai nom, qui après un voyage en Suède et un nouveau patronyme «pour faire plus suédois» créa les Chroniques suédoise, des petit dessins humoristiques qu’il poste de façon hebdomadaire sur son blog.

Plusieurs fois nommé au festival d’Angoulême, il décide donc d’adapter son site en bandes dessinées. On est donc loin du petit « viking » illustré dans le livre. Cela n’empêche pas aux Chroniques suédoise d’être sympathiques, l’humour est plutôt bien dosé etsubtile, on éclate pas de rire à chaque page mais la bande dessinée nous laisse esquisser quelques sourires à plusieurs moments. On ne peut pas reprocher à l’auteur sa belle écriture qui à chaque chronique rend difficile l’interruption de la lecture tant on veut en connaitre le dénouement
ingénieux que nous propose l’autre.

Mais que ce cache-t-il derrière l’humour ? Sur cette note légère et derrière les 22 chroniques se cachent aussi 22 problème de société comme l’environnement ou la gestion des ressources d’énergie en proposant des idées loufoques en tant que solutions et en se servant de la Suède
comme prétexte, un pays largement mis en avant pour ses avancées d’un point de vue écologique pour dénoncer le manque d’engouement d’un grand nombre de nations face a ce problème planétaire. L’auteur pointe du doigt, certes avec humour mais non sans lucidité, le racisme ou la xénophobie et en dresse un bien triste tableau de nos problèmes sociaux occidentaux, Thomas Lapanous donne des solutions abracadabrantesques comme l’échange des émigrés qui viennent travailler et des suédois qui partent en vacances ou encore des abeilles en guise d’animaux de compagnie, l’auteur pousse le « modèle suédois » en autodérision.

En associant caricatures et problèmes d’aujourd’hui, sans vraiment être très explicite dans ses propos, à 28 ans, l’auteur semble disposer d’assez de maturité et de subtilité pour jouer avec les mots. La bande dessinée joue sur le malaise créé par la confrontation de la Suède face à
l’Europe. L’ouvrage n’est pas engagé et reste facile à lire, mais les thèmes abordés ont beaucoup plus de fond qu’il n’y paraît. Ces deux niveaux de lectures rendent la BD accessible à un public assez large car l’esprit de l’oeuvre reste bonne enfant. L’utopie a aussi une grande place dans l’ouvrage et la Suède n’est qu’un prétexte pour inventer un univers extravagant et merveilleux où tout devient possible, mais sur une base quant à elle bien réelle.

On notera que le dessin est d’un trait épuré dans un style minimaliste qui laisse libre cours à notre imagination. Il est agrémenté d’une palette de couleur plutôt restreinte avec des camaïeux de gris, de rose et de bleu en plus de quelques touches de rouge et vert. Il est peint à l’aquarelle, ce qui peut rappeler l’ambiance légère et drôle présente dans l’ouvrage. Le vocabulaire qui l’accompagne reste courant et flirte parfaitement avec le dessin. Roi des autodidactes, Thomas Lapanouse s’inspire largement du dessin d’humour ou de l’illustration dans la bande dessinée traditionnelle.

Avec une sympathie et poésie rare, l’univers de Nils Glöt ravivera les personnes en manque d’optimisme. Sans avoir l’air d’y toucher l’auteur s’attaque à de nombreuses problématiques de notre époque et donne matière à réfléchir sur l’avenir de nos sociétés modernes. Malgré cela, sa légèreté et son humour sur le problème actuel est une bouffé d’air frais et permet de passer un bon moment. A travers les Chroniques suédoise, on découvre un auteur observateur, curieux et conscient du monde qui l’entoure, loin d’un Zlatan flamboyant Thomas Lapanous introduit par l’humour et l’absurde des réflexions pleins de sens sur notre quotidien. Illustré de manière simple mais efficace, cette bande dessinée pleine de malice devrait ravir les utopistes. Intelligent et drôle, cet ouvrage devrait plaire aussi aux français les plus suédois ainsi qu’au suédois les plus français.

Longueville Mayeul

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