« Chasse aux homos », « camps de concentration » depuis quelques jours l’actualité de ce pays du Caucase n’a jamais fait autant parler.

Mais que se passe-t-il vraiment en Tchétchénie ?

Ce petit pays à majorité musulmane d’à peu près 1 400 000 habitants situé  entre le Daghestan et l’Ossétie du Nord est une des républiques les plus autonomes de la Fédération de Russie.
Son chef de gouvernement Ramzan Kadyrov a été désigné par Vladimir Poutine en 2007. Il prône un nationalisme culturel et une islamisation des moeurs à travers notamment l’interdiction des jeux de hasard, en faisant les louanges de la polygamie et en proposant le port obligatoire du hijab pour les femmes dans les lieux publics.

« trois personnes tuées pour une homosexualité réelle ou supposée »

C’est le journal russe d’opposition « Novaïa Gazeta » qui a révélé l’affaire le 01 avril.
D’après des personnes haut placées au ministère de l’Intérieur, de l’administration présidentielle, du bureau du procureur et des associations LGBT locales (qui ont souhaité rester anonymes par peur de représailles) des  centaines de personnes ont été arrêtées depuis fin février et trois personnes tuées pour une homosexualité réelle ou supposée.

Ces hommes ont ensuite été conduits en toute illégalité dans des prisons tenues secrètes pour subir les pires tortures : coups de bâtons et de tuyaux sur les cuises, les jambes et le bas du dos. Puis, comme si cela ne suffisait pas, la police tchétchène les ont attachés sur une chaise pour leur envoyer des décharges électriques. La torture psychologique est apparemment aussi de mise à travers l’humiliation, selon Elena Milashina, journaliste à Novaïa Gazeta « on les oblige par exemple à faire la danse du ventre ».
Cette torture a un but clairement annoncé : que les détenus dénoncent les autres homosexuels, qui ont commencé à fermer leurs comptes sur les réseaux sociaux pour éviter d’être repérés par les autorités.

D’autre part une radio privée Radio Svoboda fait état de policiers de quartier qui prennent rendez vous avec des homosexuels sur les réseaux sociaux avec pour objectif de leur soutirer de l’argent en échange de leur silence après les avoir battus. Ces mêmes policiers se servent aussi des téléphones des victimes pour identifier d’autres homosexuels.

Du côté du gouvernement tchétchène le porte parole du président a nié en bloque les accusation du journal « ces accusations sont mensongères » et a usé d’un argumentaire typiquement homophobe « on ne peut pas détenir ou persécuter quelqu’un qui n’existe tout simplement pas dans la République » en ajoutant « s’il y avait de telles personnes en Tchétchénie, les forces de l’ordre n’auraient aucun problème avec elles puisque leurs proches les auraient déjà envoyées dans des endroits d’où personnes ne revient ».

Kheda Saratova, membre du conseil des droits de l’Homme de Tchétchénie s’est dite horrifiée d’apprendre « l’existence d’homosexuels en Tchétchénie » et qu’il « fallait combattre ce mal » tout en rectifiant un peu plus tard ses propos en assurant qu’elle « n’incitait en aucun cas à la violence ».

« Le Kremlin (…) pas spécialiste dans le domaine des relations sexuelles non traditionnelles »

Le cabinet du président russe Vladimir Poutine a lui déclaré « qu’une enquête devait être ouverte » et le porte-parole du Kremlin a annoncé qu’il n’était pas qualifié pour commenter « n’étant pas spécialiste dans le domaine des relations sexuelles non traditionnelles ».

De son coté, Novaïa Gazeta se dit prêt à fournir aux autorités russes toutes les informations qu’il possède pour qu’une enquête soit diligentée et que la lumière soit faite sur cette atroce purge anti-gay.
De plus le journal sonne l’alarme sur la possibilité de crimes d’honneur, encore pratiqués dans une société tchétchène très conservatrice, qui conduiraient les familles des victimes à assassiner ces dernières pour éviter de vivre dans la honte d’avoir un proche homosexuel.

Les politiques français réagissent, d’autres pas…

En France, du côté des candidats à la présidentielle, les candidats de gauche Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, le candidat du centre Emmanuel Macron et le candidat d’extrême-gauche Philippe Poutou ont tous les quatre condamné ces actes. À droite et à l’extrême-droite François Fillon et Marine Le Pen ont, pour l’instant, préféré le silence.

Les citoyens, eux, se mobilisent sur les réseaux sociaux avec le hashtag #Chechnya100 et des rassemblements sont prévus dans plusieurs ville de France et du monde.

Photo couverture : Manifestation à Londres en protestations à la purge anti-gay tchétchène. (Capture d’écran Twitter).

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