En cette nouvelle année, What’s Up Montpellier vous ouvre les portes de l‘ITIC (l’Institut des Technosciences de l’information et de la communication) de Montpellier. Dans le cadre de l’unité d’enseignement actualités médiatiques et culturelles, dispensée par l’enseignante et docteure madame Eva Sandri, des étudiants ont rédigé des critiques d’art sur le cinéma / le théâtre / la danse / les expositions etc. Chaque semaine, une critique d’art vous sera ainsi proposée afin de présenter le travail des étudiant(e)s de Licence 1 Sciences du langage parcours CMM (Communication, médias, médiations numériques).

Pour terminer ce marathon / critique, je vous propose de découvrir la critique de l’exposition Louise Dahl-Wolfe, l’élégance en continu, Le Pavillon Populaire.

Affiche officielle de l’exposition « Louise Dahl-Wolfe, l’élégance en continu » au Pavillon Populaire Montpellier

Alors qu’encore aujourd’hui dans certaines villes de France, la femme est devenue indésirable dans les espaces publics, la société se retrouve marquée par un machisme sociétal intolérable. De nombreuses voix se font entendre afin de prouver à tous que la femme mérite une place de choix dans notre société actuelle : la ville de Montpellier en est un exemple.
Le Pavillon populaire, un espace photographique proposant des expositions de photographes reconnus internationalement, a fait le choix de dévoiler aux yeux des montpelliérains le magnifique travail de Louise Dahl Wolfe. Ainée de la famille, Louise Dahl Wolfe a commencé très jeune l’étude des beaux-arts en Californie. Ses six années d’études se feront ressentir tout au long de l’exposition : Louise Dahl Wolf utilise un style artistique très recherché dans la photographie. Sa carrière démarre dès 1936 avec le magazine féminin américain de mode, Harper’s Bazaar.

Il était une femme : Louise Dahl Wolfe

C’est d’ailleurs avec ses premières photos que commence l’exposition : deux petites salles ouvertes couleur jaune moutarde s’offrent à nous et exposent des photos en noir et blanc soigneusement encadrées. Le travail de Louise Dahl Wolfe consistait en l’exécution de multiples commandes pour le magazine Harper’s Bazaar. La première photographie mise en avant nous intrigue, c’est celle de « Mrs Ramsey », sa première photo officielle.

Louise Dahl-Wolfe Mrs. Ramsey, Tennessee. International Center of Photography

Elle photographiait de centaines de visages afin d’en faire ressortir une seule expression : celle de l’humanité qui traverse une époque difficile : la grande dépression. En parallèle de ces photos de portraits, elle exécutait des commandes multiples comme celle demandée par le gouvernement américain : une image de propagande de guerre. Assise devant une cheminée, Louise Dahl Wolfe s’est prise en photo avec comme sous-titre « entretenir le foyer ». La photographie prête à sourire de nos jours, certains visiteurs se prêtent même au jeu de la situation : « Aucune inquiétude pour les soldats engagés au front, la femme s’occupe du foyer en attendant leur retour. » Mais ce qui nous fait rire aujourd’hui était pris au sérieux dans les années 40 : une société plongée dans la guerre des pays en conflits et une société plongé dans le machisme à l’intérieur des pays développés. C’est sans doute cette situation de mâle dominant qui a influencé fortement le travail de Louise Dahl Wolfe. Dans le milieu des années 40, alors qu’elle se sentait plus à l’aise avec son travail photographique et  qu’elle était vivement encouragée par la directrice du magazine Harper’s Bazaar de l’époque, Mme Carmen Snow, elle décida de révolutionner le monde de la photographie. Louise Dahl Wolfe est née !

L’élégance en continu

Pour présenter ce qui a fait d’elle une immense artiste, le Pavillon Populaire lui a réservé la grande salle centrale, séparée en deux parties. Le visiteur est gentiment prié de poursuivre la visite par sa gauche : des portraits spécialement réalisés par l’artiste pour le compte du magazine Harper’s Bazaar. On comprend tout de suite le sous-titre de l’exposition : « l’élégance en continu ». La femme est représentée comme une déesse des temps modernes. Louise Dahl Wolfe casse les codes de la photographie pour magazine. Alors que la coutume voulait que l’artiste photographie les modèles en studio, Louise Dahl Wolfe hisse les voiles pour dévoiler toute la beauté de la femme. Du Mexique jusqu’en Espagne, en passant par les sables chauds de Tunisie, elle photographie ces femmes modèles avec une aisance artistique et un objectif engagé : donner une image plus engagée de la femme. Ainsi, Dahl Wolf va mettre en scène différentes femmes jamais accompagnées de leur mari, dans des situations qui pour l’époque n’étaient alors réservées que pour l’homme : ski à la montagne / baignade à la plage… L’élégance féminin s’empare du musée à travers une ronde de photographies, le visiteur se retrouve ainsi au milieu de plusieurs fenêtres donnant sur le monde extérieur approprié par la femme. C’est dans les années 40 et avec ces photographies que Louise Dahl Wolf va connaître une renommée internationale, mais c’est surtout grâce à un cliché en particulier que sa carrière va être propulsée, cliché même qui a servi d’affiche de présentation pour l’exposition : « Lauren Bacall ». La photographie représente Lauren Bacall sur la plage face à l’objectif qui regarde vers le haut les cheveux au vent. Ce cliché en noir et blanc a attiré l’œil d’Howard Hawk qui l’a engagé pour jouer dans un film qui a propulsé sa carrière : Le port de l’angoisse.

La photographe des stars

Fort du succès cinématographique de Lauren Bacall, toutes les stars hollywoodiennes rêvent de se retrouver photographiées par l’étoile montante de la photographie : Louise Dahl Wolfe. Dans la partie droite de la grande salle d’exposition se trouve ainsi exposées des photos de stars internationales prises par l’objectif de Dahl Wolfe pour son compte personnel. Sa popularité monte en flèche dès 1944 avec la sortie du film aux Etats-Unis. Fort de ce succès, elle va s’associer avec son mari pour réaliser des photographies de stars du cinéma.

Jean Cocteau, Paris. Louise Dahl-Wolfe. International Center of Photography

Ainsi l’on se retrouve face à des portraits tels que Coco Channel, Christian Dior, Jean Cocteau, Colette etc. La bonne qualité des clichés, la précision artistique de ses œuvres nous donne l’impression que nous sommes face à des photographies contemporaines alors qu’elles sont toutes d’époques et originales. Cela s’explique du fait que le mari de Louise Dahl Wolfe s’est soigneusement occupé de l’archivage des photos de tailles réduites et de très bonne qualité. Cela se fait ressentir tout au long de l’exposition.

Exposition qui se termine par d’imposantes affiches du magazine Harper’s Bazaar qui, plusieurs fois par an, représentait en Une Louise Dahl Wolfe dans toute sa splendeur et jeunesse. La photographe apparaît triomphante, exposant sa fierté féminine et mettant en avant l’image de la femme libre et dépossédée. La carrière de cette immense artiste représente un peu plus de 600 photos couleurs / 3 000 photos en noir et blanc et 86 couvertures de magazine. Ce travail ne peut inspirer que le respect pour cette grande femme et inspiration pour le monde actuel qui mérite de connaître plus de femmes comme elle. Le sentiment d’impuissance et d’injustice qu’elle a ressenti dans les années 30 face à une société machiste qui mettait plus en avant l’homme et son courage guerrier a été utilisé avec brio par Louise Dahl Wolfe pour mettre en avant l’image d’une femme non effacée, qui peut participer à la vie sans l’homme. Son combat photographique et personnel a le mérite d’être connu par un grand nombre de personnes afin que la place de la femme ne soit pas effacée par celle de l’homme.

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