En cette nouvelle année, What’s Up Montpellier vous ouvre les portes de l‘ITIC (l’Institut des Technosciences de l’information et de la communication) de Montpellier. Dans le cadre de l’unité d’enseignement actualités médiatiques et culturelles, dispensée par l’enseignante et docteure madame Eva Sandri, des étudiants ont rédigé des critiques d’art sur le cinéma / le théâtre / la danse / les expositions etc. Chaque semaine, une critique d’art vous sera ainsi proposée afin de présenter le travail des étudiant(e)s de Licence 1 Sciences du langage parcours CMM (Communication, médias, médiations numériques).

Cette semaine, je vous propose de découvrir la critique de l’exposition Résonances Magnétiques de la Panacée, écrite par l’étudiante Lucile Petra.

Affiche exposition La Panacée

A la manière d’un laboratoire d’expérience, l’exposition Résonances Magnétiques présentée à la Panacée nous transporte dans une véritable expérience sensorielle. Mêlant tous les sens, mais bien plus encore, il est question de perception, d’imagination. Cette collection est consacrée aux artistes australiens David Haines et Joyce Hinterding, et présentent des œuvres individuelles mais également des collaborations de ces deux artistes. Accessible à tous car gratuite et située dans le centre, La Panacée, lieu d’art contemporain tourné vers les nouvelles écritures et les arts visuels nous permet de découvrir la première exposition monographique en France.

Après s’être essayé à la peinture abstraite, David Haines se tourne vers la vidéo et l’installation, collaborant avec Joyce Hinterding, qui réalise des dessins en graphite ou encore des sculptures en métaux conducteurs qui captent les forces électromagnétiques ambiantes.

Cette exposition s’inscrit dans une perspective toute particulière, qui interroge une dimension de notre monde : les relations entre nature, technologies et société. « Nous vivons dans une bulle électromagnétique où atmosphère et infosphère se confondent« , à partir de plantes, de roches, ou de l’ionosphère, ces deux artistes nous invitent dans une expérience ultrasensible, c’est une oeuvre totalement protéiforme où tous les sens sont sollicités.

En effet, on peut ici admettre que « curiosité » est le maître mot de cette exposition. Chaque oeuvre interroge la perception du visiteur, des œuvres déclinées sur tout type de support, projection vidéo avec capteur de mouvement, structure en cuivre, roc ou encore photographies. Aucun sens de visite n’est imposé, ce qui laisse au visiteur libre cours à sa curiosité.

On ressent dans chaque salle une atmosphère très étrange, un grésillement semblable à des ondes persiste tout au long de la visite, nous plongeant ainsi dans une dimension sensible de notre réalité. Le visiteur est amené à faire appel à son sens de la perception, mais aussi à son sens de l’interprétation. Il est un véritable acteur de cette exposition ; on nous montre en quelque sorte la place de l’Homme dans cet environnement technologique et sophistiqué, notre influence et celle de la société sur le monde qui nous entoure.

Prenons pour exemple une des œuvres, « The Wollemi Kirlians » (2014), une suite de 24 photographies où David Haines a tenté de nous amener au plus près des « forces invisibles » situées à l’extérieur et à l’intérieur de nous, grâce à la technique de la photographie Kirlian (ou photographie à haute fréquence) et qui permet de visualiser un halo lumineux ressemblant à une aura de couleurs.

 

« The Wollemi Kirlians » de David Haines.

Technique autrefois associée au domaine de la parapsychologie, il est intéressant de la part de Haines de dévoiler sous un autre aspect toutes ces plantes. Attiré par les qualités sublimatoires et quasiment fantomatiques de la photographie Kirlian, David Haines met en lumière et nous fait prendre conscience, grâce à des étincelles d’électricité grésillant dans l’espace négatif de la photographie, l’existence et la présence énergétique de ces plantes, et de la nature plus généralement. Il se forme autour de la plante comme une aura électrifiée brillante de couleur vive, rose, bleu, verte ou encore mauve. Un véritable défi de la perception, cette suite de photographie appelle l’esprit et permet de mettre en avant ce que peut-être nous ne regardons pas assez.

Intéressons-nous maintenant à l’une des œuvres que nous avons trouvé la plus intrigante : « Ozone Carbon Scatter & Ionisation« , une installation de David Haines (2016) qui expérimente le pigment ultra-chrome sur papier, créant ainsi une véritable découverte olfactive. Ce sont deux œuvres qui associent images du cosmos à des parfums composés de façon scientifique pour « nous faire ressentir un au-delà inatteignable« .

« Ozone Carbon Scatter & Ionisation » de David Haines

 

Il est particulier pour l’homme de s’imaginer l’ampleur du monde dans lequel il a évolué, et c’est encore plus valable quand on va au delà des frontières de notre Terre-Mère. David Haines nous propose ici une possible interprétation de l’odeur de l’ionosphère (autrement dit l’atmosphère supérieure d’une planète) pendant que le soleil brille et lorsque survient une éclipse. Le visiteur est confronté à une dimension du monde qu’il n’a jamais côtoyé, qui est totalement inconnue et qui pour beaucoup relève du mystère et de la fascination. Il est judicieux de mettre en parallèle deux fragrances totalement différentes et imaginées pour caractériser deux phénomènes physiques réels. Il s’agit là d’une oeuvre expérimentale, permettant au visiteur de se plonger et de s’imaginer une possible réalité dans un espace de notre monde inatteignable.

La dernière oeuvre qui a retenu notre attention : « Aeriology » (1995-2015) de Joyce Hinterding, une installation imposante et ambitieuse composée de 15 à 20 km de câble de cuivre fin enroulé à la main autour de deux colonnes. C’est une oeuvre qui fait résonner les fréquences radio inaudibles de son environnement immédiat, donc tout ce qui est installé dans la salle, mais aussi au-delà : « l’amas de cuivre capte aussi les ondes radio venant du reste du bâtiment, du réseau électrique de la ville, du soleil, ou d’autres étoiles de la galaxie. »

 

« Aeriology » de Joyce Hinterding

 

L’énergie concentrée dans le câble est rendue audible grâce à un casque et un amplificateur, Joyce Hinterding caractérise son oeuvre comme une antenne en fonction, délibérément surdimensionnée et sensible à de nombreuses fréquences. Hinterding a construit ce qu’elle appelle un « voile de cuivre » massif, visant à attirer l’attention, s’imposant dans cet esplace afin de montrer les vibrations cachées et imperceptible qui traverse nos corps, ainsi que la planète. Ici encore, le travail de l’artiste est très singulier et cherche à nous voir et ressentir l’invisible. On ne peut qu’être intrigué par cette structure de cuivre, deux oscilloscopes proposent également une représentation visuelle des ondes électromagnétiques invisibles.

Poursuivant toujours vers le même objectif, celui de rendre visible et accessible l’imperceptible, mais aussi le monde qui nous entoure, les énergies, et l’électromagnétisme qui le compose, Joyce Hinterding et David Haines nous offrent une collaboration parfaite, mêlant à la perfection leurs domaines de création respectifs. Les œuvres se répondent entre elles, il y a une cohésion et une correspondance entre les salles, l’atmosphère teintée de grésillement nous plonge dans un vrai moment de découverte. C’est une exposition vivante où le visiteur peut interagir directement sur les œuvres.

Accessible et encadrée par des médiateurs, il y a un véritable enjeu communicationnel à travers cette exposition, les visiteurs peuvent poser des questions, satisfaire leur curiosité et sont poussés à expérimentés les installations. Un manuel d’une centaine de pages est disponible gratuitement dans plusieurs espaces de l’exposition, accompagnant le visiteur tout au long de l’exposition et apportant de nombreuses informations sur les œuvres et les artistes, un site web est également accessible avec ces mêmes informations. C’est un lieu, marqué par l’expérimentation et la recherche.

Cette exposition, à l’image de son lieu, est un véritable voyage et une découverte surprenante sur notre environnement et notre interaction avec ce dernier, grâce à une approche scientifique ambitieuse et recherchée. Le retour n’est que triomphant pour cette présentation de la Panacée, qui a ravi les fins amateurs de culture contemporaine mais aussi les moins habitués, conquis par cette nouvelle expérience artistique.

Lucile Petra.

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