En cette nouvelle année, What’s Up Montpellier vous ouvre les portes de l‘ITIC (l’Institut des Technosciences de l’information et de la communication) de Montpellier. Dans le cadre de l’unité d’enseignement actualités médiatiques et culturelles, dispensée par l’enseignante et docteure madame Eva Sandri, des étudiants ont rédigé des critiques d’art sur le cinéma / le théâtre / la danse / les expositions etc. Chaque semaine, une critique d’art vous sera ainsi proposée afin de présenter le travail des étudiant(e)s de Licence 1 Sciences du langage parcours CMM (Communication, médias, médiations numériques).

Cette semaine, je vous propose de découvrir la critique de la bande dessinée Les Chroniques suédoises créée par Nils Glöt, écrite par l’étudiante Amandine Tailhades.

 

Le rêve de tout être humain n’est-il pas celui  de vivre, dans une société où la violence et les discriminations n’existent plus ? Là où chacun vit en  harmonie avec son temps, avec son prochain, où  lorsque survient un  problème, une solution apparaît ? Thomas Lapanouse, sous son alias de Nils Glöt, va réaliser ce fantasme à travers un impeccable coup de crayon, non sans rappeler celui d’un certain Sempé, avec humour et poésie.

Couverture « Les Chroniques suédoises »

 

Un Vikingsaux commandes

Lancez une recherche avec pour mots clés: « Thomas  Lapanouse », vous ne trouverez rien. Lancez une recherche avec pour mots clés : « Nils Glöt » et vous trouverez enfin une piste quant à l’identité quelque peu mystérieuse de notre auteur. Aventurez-vous dans les premières pages des Chroniques Sdoiseet vous y trouverez finalement une longue description de la vie privée de notre « Vikings ».

Sans aucune hésitation, celui-ci entre dans les détails, nous laisse à penser que tout cela est bel et bien réel, alors qu’en réalité, il ne s’agit là que d’une fiction. C’est ainsi que Nils Glöt réussit une entrée en matière exquise, nous donnant un avant-goût de ce qui nous attend. A savoir : Est-ce que ce que nous allons lire est bel et bien réel ou bien uniquement une vision idéaliste de l’auteur ?

Issu dans un premier temps d’un blog, ces Chroniques Sdoises, nous offrent une vision utopique de ce pays du nord, réputé pour être l’un des plus heureux de l’Europe, et où tout un chacun vit à l’avant-garde des modes de vie alternatifs.

S’inscrivant dans la lignée de nombreux albums de bande-dessinée humoristique, celle-ci se démarque toutefois par la justesse et l’intelligence dont font preuve ses court récits. Sans rentrer dans les détails et majoritairement en noir et blanc, les illustrations sont, quant à elles, parfois adjointes d’une touche de couleur, afin d’attirer l’œil du lecteur sur un élément en particulier.

Ainsi, l’histoire des Chroniques Suédoises, c’est « un peu l’exemple à suivre, celui du pays parfait qui combat les inégalités, lutte contre le réchauffement climatique et ne laisse aucune chance à la xénophobie. (…) C’est le pays imaginaire où on ne sait plus très bien si tout cela est possible ou si on aimerait que ça le soit. »

D’une réalité fantasmée…

Que ce soit la chronique botanique, de la publicité, des jouets, des piscines ou encore même de la criminalité, Nils Glöt de par son style et sa légèreté, enchante petits et grands, et marque les esprits. Ici, pour apporter « un peu de Suède dans ce monde de brutes », comme le souligne si bien le sous-titre, ces chroniques pourront paraître pour certaines, réalistes, tandis que d’autres sortant complètement de l’ordinaire, laisseront à sourire.

La Chronique des Illuminations, qui est aussi la plus colorée de tout l’album, est l’une des plus plaisantes et des plus surprenantes. Se basant sur la période de Noël, cette chronique raconte la manière dont les suédois utilisaient les décorations pour illuminer la ville, et le tout, en traduisant leurs consommations en nombre de gaufres. Ainsi «une simple étoile lumineuse allumée pendant tout décembre» était équivalente à «un appareil à gaufre branché pendant 7  jours. Soit 3000 gaufres.» Evidemment, cela les laissa à réfléchir, et ils trouvèrent bien vite une alternative peu commune : celle d’utiliser les aurores boréales pour illuminer le ciel de Décembre de mille et une couleur. Mais ce n’est pas tout ! Malin comme ils le sont, ils ont aussi anticipé la période du nouvel an, c’est pourquoi, ils ont transformé ces décorations en feu d’artifice, pour ravir les petits, comme les grands !

… A une réalité alternative?

Malgré ces réalités parfois utopiques, d’autres prennent de temps à autre place et laisse à réfléchir quant aux dérives de notre société, nous incitant par la même occasion, à réfléchir aux moyens de les améliorer durablement.

L’une des plus marquantes reste la Chronique du Temps Perdu, où, comme l’explique les premières lignes, la Suède s’intéresse «aux conséquences des nouvelles technologies sur notre équilibre psychologique». C’est ainsi, qu’à travers un dispositif tout à fait particulier de voyage en train vers « nulle part », les voyageurs vont prendre place confortablement aux côtés d’inconnus, pour une heure, sans leur appareils électroniques et afin de voyager d’un point A vers un point B. Ainsi, démunies de leurs téléphones portables, ces personnes vont bien vite se rendre compte qu’avec une heure de temps « perdu », leurs esprits vont laisser place à un mécanisme de défense contre l’ennui unique en son genre : l’imagination. Cela va ainsi permettre à l’esprit de  retrouver une stabilité face au monde de tous les jours, et comme le disait Rabelais : Mens sana in corpore sano. (« Un esprit sain dans un corps sain ».)

Ainsi, c’est avec justesse, humour et parfois même, cynisme, que Nils Glöt nous offre un petit bijou de bande-dessinée, cet art séquentiel graphique narratif aux multiples facettes, proposant à la fois une bulle d’air frais utopique, mais aussi une certaine réflexion quant à notre société.  À déguster sans modération, les Chroniques suédoises, véritable projet d’avenir, nous amènent à nous questionner sur nos petites habitudes quotidiennes, qu’éventuellement nous pourrions changer pour rendre le monde meilleur.

 

Amandine Tailhades

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