En cette nouvelle année, What’s Up Montpellier vous ouvre les portes de l‘ITIC (l’Institut des Technosciences de l’information et de la communication) de Montpellier. Dans le cadre de l’unité d’enseignement actualités médiatiques et culturelles, dispensée par l’enseignante et docteure madame Eva Sandri, des étudiants ont rédigé des critiques d’art sur le cinéma / le théâtre / la danse / les expositions etc. Chaque semaine, une critique d’art vous sera ainsi proposée afin de présenter le travail des étudiant(e)s de Licence 1 Sciences du langage parcours CMM (Communication, médias, médiations numériques).

Cette semaine, je vous propose de découvrir la critique du film Mademoiselle, réalisé par le sud-coréen Park Chan-wook, écrite par l’étudiant Guillaume Auteroche.

Affiche du film

Mademoiselle est le dixième long-métrage du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook. Nous suivons l’histoire d’un jeune coréenne (Sook-hee) dans les années 1930, entrée au service d’Hideko, une riche japonaise pour lui voler son héritage avec l’aide d’un arnaqueur se faisant passer pour un Comte japonais. Une romance va se nouer entre les deux femmes, et celle-ci va alors bouleverser le destin qui leur été destinées.

Le film se compose en trois parties, la première du point de vue de Sook-hee, la deuxième du point de vue d’Hideko et la troisième servant d’épilogue. Le tout est comblé par un récit décousu qui montre tous les aspects de l’intrigue et sa complexité. Park Chan-wook livre un long-métrage grandiose, de part tous ses aspects : personnages, scénario et mise en scène.

Le scénario est une libre adaptation du roman anglais Fingersmith (2002) de Sarah Walers se déroulant dans l’Angleterre victorienne. Le film dépeint en toile de fond la société encore très traditionnelle de la Corée sous l’influence nippone, la peur dans laquelle le peuple colonisé vivait face à son envahisseur, la pauvreté et l’illettrisme d’une grande partie de la population. Les personnages se manipulent et se poignardent continuellement créant une tension palpable sublimée par l’aspect érotique qui se crée entre ces deux femmes que tout oppose. Avec son co-auteur Jeong Seo-kyeong, le réalisateur canalise l’émotion narrative et dramatique très puissante.

Cela est dû à l’écriture des personnages, de leurs complexités et des métaphores. Il y a quelque chose d’incompréhensible si vous n’avez pas vu le film qui est très difficile à retranscrire sans avoir le film en tête mais sachez que dès la fin du premier acte, nous sommes happés par la violence infligée à Sook-hee et tellement de questions, d’interrogations et d’incompréhensions se bousculent et elles trouveront réponses par la suite en sublimant l’histoire et les personnages. Nous avons été manipulés par les auteurs sans s’en apercevoir et nous ne demandons qu’à voir la suite des événements.

Sook-hee, cette jeune femme se retrouve presque par hasard dans ce grand manoir, elle dénote une maladresse et une naïveté qui la rend par dépit personnage le plus sympathique du film. Hideko dévoile peu de chose à Sook-hee, mais assez pour qu’une romance se crée entre elles. Caractéristique particulière, elle vit enfermée dans le manoir de son oncle, découvre la littérature érotique très jeune et se met à faire des lectures publiques de ses récits. Beaucoup de scènes montrent à quel point le comte arnaqueur semble maître de la situation, qu’il domine les femmes et qu’il ne les laissera pas gâcher ses plans. L’autre personnage masculin du film est l’oncle d’Hideko qui l’élève depuis sa plus tendre enfance de manière très dur en la frappant injustement et en la forçant à se marier, on le sent d’ailleurs galvanisé par ce qu’elle lit. Nous avons une vision très féministe dans ce long-métrage, les hommes sont si immoraux, repoussants et méprisables qu’aucun point d’accroche n’est possible avec eux.

Tout cela serait vain sans une mise en scène et une composition des cadres adéquates et transcendant le récit. Park Chan-wook nous livre ici un film très léché. Chaque plan est réfléchi comme un tableau, un des plans les plus magnifiques se trouve lors que Sook-hee entre dans la bibliothèque et la caméra traverse un long couloir en travelling passant progressivement en plongée pour arriver sur Hideko à genoux devant son oncle. La romance entre les deux jeunes femmes est extrêmement esthétisée, nous sentons l’excès permanent du réalisateur, dans un genre assez clos qu’est le film de domesticité. Cette grande maison est filmée comme un personnage à part entière, oppressant les deux personnages principaux, une qui y a passé toute sa vie et l’autre qui la découvre, c’est un lieu témoin de scènes tragiques et d’une atmosphère étouffante et non propice à la romance.

Le long-métrage donne quelque chose de difficilement descriptif, il n’est pas recommandable pour un large public mais il en fait une œuvre majeure du réalisateur sud-coréen avec Old Boy (2003). Le film est très clivant, soit on ressent l’émotion que le film a voulu faire passer ; soit on reste de marbre reconnaissant du travail effectué.

 

Guillaume Auteroche

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