En cette nouvelle année, What’s Up Montpellier vous ouvre les portes de l‘ITIC (l’Institut des Technosciences de l’information et de la communication) de Montpellier. Dans le cadre de l’unité d’enseignement actualités médiatiques et culturelles, dispensée par l’enseignante et docteure madame Eva Sandri, des étudiants ont rédigé des critiques d’art sur le cinéma / le théâtre / la danse / les expositions etc. Chaque semaine, une critique d’art vous sera ainsi proposée afin de présenter le travail des étudiant(e)s de Licence 1 Sciences du langage parcours CMM (Communication, médias, médiations numériques).

Cette semaine, je vous propose de découvrir la critique du film d’animation Ma vie de Courgette, réalisé par Claude Barras, écrite par l’étudiante Solange Pereira.

 

Affiche du film

 

« Je n’ai pas peur de la route
Faudra voir, faut qu’on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien (là)
Le vent nous portera »

 

On sort de la salle de cinéma, enchanté par la voix douce de Sophie Hunger, artiste-compositeur qui signe la bande-son de Ma vie de Courgette. Elle reprend ces paroles de Noir Désir si douces, si justes, qui font écho à l’avènement du film. Mais nous parlerons de la fin un peu plus tard, commençons par le début. Ma vie de Courgette est un film d’animation de Claude Barras, réalisé en Stop Motion.

C’est aussi une deuxième adaptation du roman Autobiographie de Courgette de Gilles Paris. La première fut le téléfilm C’est mieux la vie quand on est grand de Luc Béraud. La particularité du film de Claude Barras, c’est le public qu’il vise, les enfants. Avec un panel aussi exigeant, car habitué aux très grandes productions des films d’animation, Barras ne se facilite pas la tâche. Pourtant il relève le défi de porter à l’écran des problématiques d’adultes, traitées avec des mots d’enfants, enfin la plupart du temps.

L’histoire nous est racontée du point de vue du personnage principal, le petit Icare ou Courgette de son surnom donné par sa mère. Celle-ci décède malencontreusement alors que Courgette cherche à éviter de se faire physiquement réprimander. Le regard qu’il porte sur le monde est sans jugement, mais aussi celui d’un enfant, il a encore du mal à comprendre les subtilités du sens figuré des phrases. Après cet accident, Courgette se retrouve orphelin puisque son père « aimait trop les poules » comme lui avait expliqué sa mère. Et donc l’histoire débute ainsi : un orphelin qui se retrouve au poste de police, pour seuls souvenirs de sa mère, une canette de bière et un cerf-volant avec une figure du héros et de sa poule. On le suit alors dans sa découverte de l’orphelinat, lieu accueillant, où il se fait peu à peu une place au milieu des autres enfants meurtris par la vie.

C’est le premier long métrage de Claude Barras mais il n’en est pas à sa première réalisation. Il a reçu en 2007 le prix du meilleur court métrage pour Le génie de la boîte de raviolis, et le prix du public Animateka en 2010 pour Au pays des têtes. Dans lequel on retrouve beaucoup des caractéristiques physiques des personnages de Ma vie de Courgette, de grosses têtes, avec de grands yeux posés sur un corps mieux proportionné. Pour lui, « plus un visage est simplifié, plus le spectateur peut y projeter ses émotions et s’identifier avec lui ». Il n’a pas pour ambition de reproduction le réel mais avec ses marionnettes, il nous propose une « réalité décalée ». Le cadrage est assez varié, entre les plans d’ensemble et les plans rapprochés. Le décor, lui, est assez pauvre et épuré, assez sombre et triste. Les couleurs les plus vives se retrouvent chez les personnages et reflètent leur résistance face aux difficultés. Ce sont eux les éléments de lumière du film, ils portent l’histoire et la transforme, prennent des événements tragiques pour en dégager une volonté et un espoir de vivre.

Le nombre important de plan séquence donne une certaine lenteur agréable au film. Le réalisateur laisse le temps aux petites marionnettes de prendre vie, d’opérer leur magie. Et ça marche, le décor épuré, accentue d’autant plus tous les petits gestes, aux moments de silences remplis de sens. La musique du film, quand elle est présente, est particulièrement bien choisie, sans artifice et délicate comme les personnages. Composé et interprété par Sophie Hunger, sa voix mielleuse sur des aires de guitare, de contrebasse ou de vibraphone nous transporte et nous ramène à l’univers de l’enfance. La bande-son n’est pas surchargée de musique, là encore, on nous laisse le temps d’apprécier les décors, les mouvements avec seulement des bruitages, le chant des oiseaux ou le souffle du vent. Cet effet m’a rappelé le film d’animation La Tortue Rouge, qui n’a aucun dialogue, enfin plutôt aucune conversation, il y a bien des scènes de dialogue non verbale. Cet absence nous oblige à être plus attentif à la musique car notre ouïe est habituée à être sollicitée, elle cherche des sons, on y est plus sensible et on se laisse emporter. J’ai retrouvé toute cette poésie, cette empathie pour les personnages dans Ma vie de Courgette.

Cet effet de texture que donne les marionnettes génèrent des ombres. Le début du film est assez sombre, on suit le Courgette dans son quotidien, un jour où sa mère a beaucoup bu, suivi d’une ellipse qui correspond à son décès. On le voit au commissariat donné sa déposition, c’est là qu’il rencontre Raymond le policier, qui deviendra une vraie figure parentale pour lui. Il le conduit à l’orphelinat, où il rencontre sa future bande de copains, en commençant par Simon qui ne lui était pas si sympathique au début mais qui s’adoucit petit à petit. C’est même lui qui sauvera son amoureuse Camille d’un triste destin avec sa tante vénale et peu aimante.

Toute cette artificialité du décor, des marionnettes contraste avec le réalisme du jeu des acteurs. On peut bien parler de jeu, l’enregistrement des voix s’est fait en reproduisant les scènes du film de vrais enfants, non-professionnels et non des acteurs adultes jouant des enfants. En choisissant tout de même des acteurs professionnels pour jouer les adultes, pour encadrer les enfants. L’étrangeté de ces bonhommes factices qui prennent vie au son de la fluidité et le naturel des dialogues interprétés par les enfants est déconcertant. Le choix stylistique des figurines couplé aux voix très réalistes, rend le tout troublant mais fascinant.

Le film est une adaptation assez fidèle du livre et pourtant, le livre est plutôt destiné à un public adulte ou de jeunes adultes contrairement à Ma vie de Courgette.

 

Solange Pereira.

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