Il y a 7 mois, j’ai reçu un mail : « Avis Favorable de la commission pédagogique ». Je n’avais absolument pas prévu cette réponse, ni quoique ce soit. Remplie de doutes et d’appréhension, j’ai fini par prendre mon courage à deux mains, et je me suis lancée à l’aventure. À 9 000km de Paris, je poursuis mes rêves, et je vous encourage à faire de même. Vous aimez voyager, vous voulez découvrir de nouvelles choses, mais vous avez peur ? C’est normal. Le plus difficile, c’est de se lancer. Chronique d’une Wumer à La Réunion, passionnée par l’aventure.

L’horreur. Ça aurait pu être moi, ma mère, ma meilleure amie, mon voisin assis sur ces terrasses ou face à la scène. Mais ce n’était pas le cas. Le 13 Novembre 2015, j’étais derrière ma télé et je ne comprenais pas ce qui arrivait à notre monde. Où était passée l’humanité ? Des humains, mais plus aucune humanité. La vie s’effondrait, trop vite, trop tôt. Pourquoi faire ça, pourquoi enlever l’espoir à autant de gens innocents qui ne faisaient que vivre passionnément ? Pourquoi ?
Je n’ai pas la réponse à ces questions, mais je sais que le monde s’est montré incroyable dans sa façon de se relever et de montrer qu’il était toujours là. Petit à petit, on a retrouvé l’espoir, on a bu des bières sur les terrasses de Paris, on a dansé comme jamais. Et on a aimé ça : vivre. C’est pour ça que j’aime l’humanité et la jeunesse d’aujourd’hui. Elle se relève, et continue de vivre malgré tout. Elle lève les poings, et prend ses voisins dans ses bras. Il faut se battre pour ce en quoi on croit, et il faut vivre ensemble, avec toutes les différences qui nous unissent.

Nos différences. Ce truc avec lequel on est sensé se compléter mais qui nous a surtout divisé à cause de mentalités précoces et d’une société se permettant d’imposer des normes.
J’aime nos différences, quelles qu’elles soient. Moi et mes amis, nous sommes de toutes les couleurs, nous venons des quatre coins du monde, nous avons des orientations sexuelles différentes et certains d’entre nous ont des handicaps. On apprend énormément de nos différences, et c’est ce qui nous rassemble. L’important, c’est le bonheur. Accepter ses différences, c’est aussi accepter qui l’on est réellement. Il se trouve que parfois, j’ai l’impression de ne pas savoir qui je suis. Je ne sais pas ce que je veux, je rêve d’ailleurs sans savoir de quel endroit il s’agit. Je suis perdue, et je tourne autour de moi-même depuis trop longtemps. Alors je prends ma valise, mon sac à dos, et je m’en vais. À San Francisco, à Hawaï, à Paris, à Barcelone, en Corse, à Venise, à Monaco. Peu importe. Parfois je suis avec des amis, de la famille, parfois je suis seule. Et puis je rencontre des gens, Des chiliens, japonais, canadiens, espagnols, mexicains, autrichiens, allemands, français. J’écoute des morceaux de vie. Je capture des sourires. Je découvre des cultures. Et je me rends compte qu’il y a tout un monde autour de moi que je connais pas.

À la fin de ma licence, j’ai reçu une lettre d’admission de L’Université de la Réunion. Je n’étais alors qu’une étudiante parmi tant d’autres dans le Sud de la France, proche de mes amis et de ma famille. Cette lettre signifiait l’abandon de cette vie sereine et tranquille pour partir vers de nouvelles aventures. Au fond, c’est ce que j’ai toujours voulu faire : oser l’aventure, aller là où le vent me mène. Dans toute cette folie qu’est mon monde, je n’ai jamais quitté mes proches plus d’un mois. Cette lettre, c’était un an sans eux. Un an sans repères à l’autre bout du monde. L’île de La Réunion, 9000km de Paris, 11h d’avion, impossible de faire demi tour à mi-chemin.
J’ai fermé cette lettre, repris mon souffle et je me suis rendue à l’évidence : l’aventure m’appelle. C’est ainsi que 3 mois plus tard, je me suis retrouvée dans la file d’embarquement de l’aéroport de Paris, seule, avec mes 45 kilos de valises et mes angoisses.

Nous sommes des milliers à partir, chaque année, aux quatre coins du monde.

Aujourd’hui, le soleil rayonne sur l’ensemble de l’île. Ça fait bientôt cinq mois que je suis arrivée à La Réunion. Les températures descendent rarement en dessous de 30°. Ici, pas question de sortir les bottes, il fait chaud toute l’année et seules deux saisons se distinguent : l’été et l’hiver austral. En été, il pleut souvent mais le temps est humide et les températures avoisinent facilement les 33°. L’hiver, lui, est plus sec avec du vent, et s’apparente à la fin du printemps en métropole.
Mon chez moi ne ressemble pas vraiment à une habitation. Une dizaine de mètres carrés avec un lit, un bureau, un placard, et une salle de bain. Pour faire des économies de voyage, il n y a pas mieux !
Moi, je viens du sud de la France. La bas, on ne tape pas des mains à chaque arrêt de bus et on ne mange pas des papayes à tout va. La bas, je faisais du sport aussi. Puis la fac est arrivée, et j’ai arrêté de prendre soin de mon corps parce que j’avais la flemme. Ouai, c’est le cas de le dire, je suis une grosse flemmarde. Je me suis dis que j’allais reprendre le sport en venant ici, mais c’est pas gagné. Des tartines de nutella à chaque gouter, et des pâtes au parmesan parce que j’ai la flemme de cuisiner. Comment voulez-vous avoir l’envie de faire du sport quand vous n’en pouvez plus d’avoir mangé des conneries toute la journée ?

Plus que tout, j’aime les mots. Ceux que j’écris de temps en temps au coin d’un cahier ou ceux que je vois éparpillés par milliers dans ma tête. J’aime l’écriture. C’est mon refuge, mon échappatoire. C’est mon monde, mon dirigeable. Et quand les mots sont des armes, il est plus que jamais important de se parer à cette chose étrange dont on parle sans vraiment en connaître le sens : la vie.
La vie. Les humains. Je crois bien trop souvent aux humains. J’ai cette part d’optimisme en moi qui voit le meilleur des autres. J’aime à me dire que quelque part dans le monde, il y a des centaines et des milliers de personnes qui sont incroyablement humaines. Des gens qui croient en la vie, qui se disent « Ok, c’est pas facile, mais je peux le faire ». C’est aussi pour ça que, souvent, je m’en vais. Pour m’assurer que peu importe où l’on est dans le monde, il y a des personnes qui croient en eux. Certains voyagent pour fuir la morosité de leur routine, d’autres pour prendre de la distance avec leurs problèmes ou simplement pour respirer un autre air. Il y a des milliers de raisons pour que l’on prenne un sac à dos et que l’on se retrouve le lendemain à des milliers de kilomètres de notre maison.

Et nous sommes des milliers à partir, chaque année, aux quatre coins du monde. Des milliers à quitter notre maison, nos amis, notre famille, notre job, notre vie habituelle pour quelques mois, voire même des années. Peut-être qu’un jour, je découvrirai qui je suis au détour d’un chemin. En attendant, je continue ma route. Je ne suis pas pressée. Oh non, je ne suis pas pressée de vivre. Et vous ?

N’ayez pas peur de vivre. Aujourd’hui, tout est possible.

Sourdialement,

Sarah.

Crédits photo : Sarah Ibanez

 

 

 

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