En cette nouvelle année, What’s Up Montpellier vous ouvre les portes de l‘ITIC (l’Institut des Technosciences de l’information et de la communication) de Montpellier. Dans le cadre de l’unité d’enseignement actualités médiatiques et culturelles, dispensée par l’enseignante et docteure madame Eva Sandri, des étudiants ont rédigé des critiques d’art sur le cinéma / le théâtre / la danse / les expositions etc. Chaque semaine, une critique d’art vous sera ainsi proposée afin de présenter le travail des étudiant(e)s de Licence 1 Sciences du langage parcours CMM (Communication, médias, médiations numériques).

Cette semaine, je vous propose de découvrir la critique du film Demain, réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion, écrite par l’étudiante Elyn Besse.

Affiche du film

Affiche du film

« Partout dans le monde, des solutions existent », l’équipe du film-documentaire Demain formée de Mélanie Laurent, Cyril Dion, Alexandre Leglise et Laurent Cercleux part d’un constat optimiste pour construire leur projet. Ce film, principalement financé par les dons de 10 266 personnes via le site internet participatif KissKissBankBank, est sorti en salle le 2 décembre 2015 en France. Il prend sa source dans une étude de la revue Nature parue en juin 2012 – « Approaching a state shift in Earth’s biosphere » – qui annonce un effondrement des écosystèmes en cascade. Suite à la publication de cette étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, les deux jeunes réalisateurs Mélanie Laurent et Cyril Dion sont partis enquêter avec leur équipe dans dix pays différents pour comprendre les facteurs de cette catastrophe et surtout les solutions pour éviter qu’elle survienne.

Les personnages de ce film-documentaire sont en réalité tous des « héros » du futur, ceux qui réfléchissent aux solutions durables qui nous permettront de vivre en harmonie malgré la croissance démographique, l’appauvrissement des ressources qui s’en suit et le réchauffement climatique. Ils sont une vingtaine de personnalités : Anthony Barnosky, Emmanuel Druon, Jan Gehl, Elizabeth Hadly, Charles et Perrine Hervé-Gruyer, Rob Hopkins, Bernard Lietaer, Michelle Long, Kari Louhivuori, Pierre Rahbi, Elango Rangaswamy, Robert Reed, Jeremy Rifkin, Thierry Salomon, Olivier De Schutter, Vandana Shiva, David Van Reybrouck, Malik Yakini. Ainsi que les associations : le mouvement d’agriculture urbaine de Détroit, le mouvement des Incroyables comestibles à Todmorden en Angleterre, les habitants et élus de Copenhague, Eric Scotto (PDG d’Akuo Energie), Guðni Jóhannesson (directeur général de l’autorité nationale de l’énergie islandaise), l’équipe du Bristol Pound, Hervé Dubois (porte-parole de la Banque WIR à Bâle), Michael Shuman (économiste), les membres du réseau BALLE (Business Alliance for Local Living Economies), les participants à la révolution des casseroles en Islande…

Interviewés à propos de leurs motivations et les techniques qu’ils mettent en œuvre pour mener à bien leurs idées, tous ont en commun une féroce envie de faire évoluer les habitudes de toute une société et dénoncent des manières de produire et de vivre actuelles qui sont à bout de souffle et qu’il est nécessaire de repenser dans les plus brefs délais. Tous veulent sauver notre planète d’un destin qui pourrait s’avérer dramatique si un grand nombre de personnes et d’acteurs importants n’agissent pas au plus vite. Un tour du monde des initiatives en passant par la France et l’île de la Réunion, le Danemark, la Finlande, la Belgique, l’Inde, la Grande-Bretagne, les États-Unis, la Suisse, la Suède et l’Islande. Toutes les idées répondent à des problématiques divisées en cinq grands domaines : l’agriculture et l’alimentation, avec pour exemples d’initiatives les jardins communautaires, une Amap, les épiceries zéro déchets, les fermes péri-urbaine à Detroit ainsi que la permaculture ; l’énergie, avec un usage favorisant les énergies renouvelables ; l’économie, avec les entreprises coopératives comme Pocheco (une usine de production d’enveloppes près de Lille où les ouvriers et le patron prennent les décisions ensemble et mettent en place des processus écologiques : toit végétal, récupération d’eau de pluie, panneaux solaires, verger à disposition des salariés, ou encore l’exemple de l’emploi d’une monnaie locale ; la démocratie, en pensant de nouveaux types de gouvernance, moins hiérarchisés et moins clivant entre les citoyens et leurs gouvernants ; et l’éducation, en imaginant comme c’est le cas dans l’école présentée, une éducation bienveillante où le principe de la punition n’est pas appliquée mais où on favorise davantage le développement de l’enfant en prenant en considération son rythme et ses besoins particuliers.

Entre les sublimes clichés de paysages de Yann Arthus Bertrand, on découvre les portraits de personnes qui mettent leur courage, leur détermination et leur passion au service de la société et qui imaginent la société de demain en présentant les alternatives déjà existantes pour alimenter notre avenir et les mettre en application dans nos habitudes quotidiennes. On découvre alors des projets concrets et aboutis, qui donnent espoir et envie de « vivre mieux, autrement, sans détruire les hommes et la planète », pour reprendre les mots de Cyril Dion. Une présentation positive des transitions et alternatives possibles, qui présentent tout simplement l’écologie – au sens littéral du terme – comme du bon-sens et détruit l’idée selon laquelle le bonheur passe par le consumérisme, le maternalisme et le confort. Pierre Rabhi en France et Vandana Shiva en Inde sont les ambassadeurs emblématiques de ce bien-vivre ensemble, qui passerait nécessairement par une (re)cohésion profonde avec la nature, beaucoup trop délaissée dans nos sociétés actuelles. Ils nous laissent imaginer un monde durablement agréable à vivre pour tout le monde, où les citoyens auraient du pouvoir dans les décisions prises qui les concernent. Une force collective qui est aujourd’hui nécessaire à l’impulsion face aux drames de natures écologiques et politiques que nous connaissons dans beaucoup de pays du monde. Avec ce film, les deux réalisateurs font également passer le message que rien ne sera possible sans la volonté des pouvoirs publics et que par conséquent une modification profonde et un renouvellement de la politique est nécessaire pour aboutir à des résultats efficaces sur le long terme.

Le César du meilleur documentaire que le film a reçu en 2016 et leurs nominations aux Festival du Film Francophone d’Angoulême 2016 et aux Lumières de la presse étrangère 2016 ne sont que la preuve que ce film brille par la force de son message mais aussi par sa qualité. Dynamique, progressif et bien réalisé, ce documentaire ne nous laisse pas indifférent. Un savoureux mélange entre imagination, positivisme et courage. Ce film fait évidemment écho à celui de Leonardo Di Caprio sorti le 30 octobre 2016 sur le web. Ils vont dans le même sens et décrivent chacun la situation écologique catastrophique de notre planète actuellement. L’américain plus que jamais engagé propose lui aussi des solutions envisageables et durables qui pourraient empêcher la disparition d’espèces en voie d’extinction, d’écosystèmes et de communautés indépendantes. Un documentaire captivant qui nous fait réfléchir quant à l’avenir que nous voulons et les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. La date de diffusion de ce film n’a pas été fixée au hasard, parue juste avant les élections américaines, il avait pour but d’éveiller les consciences. On constante par là que lui aussi a compris que les choses ne pouvaient changer que si on vote intelligemment pour élire nos dirigeants et que les choses peuvent évoluer grâce à une modification dans le système politique. Pour lui aussi le climat est une priorité, dont les dirigeants doivent s’emparer, en proposant des solutions pratiques et réalisables par le plus grand nombre. Des films bien loin des scénarios catastrophes proposant des images alarmantes dans un but purement sensationnel habituellement proposé par les réalisateurs sur ce thème. Demain prône une vision du monde constituée de sociétés plus équitables et respectueuses de la diversité, où la mise en commun des savoirs présents en chacun de nous serait une pratique courante et davantage valorisée, dans tous les domaines.

 

Elyn Besse.

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