Si vous voulez vous la « péter » en société, ou même passer pour un vrai cinéphile pendant vos soirées entre amis, voici ce qu’il vous faut : la liste du top 50 des films à avoir vu dans votre vie afin de briller en société…

Chaque semaine, découvrez un film de mon Top 50.

44ème:
THX1138 (THX 1138:4EB)

Crédit : Allociné

Réalisateur : Georges Lucas
Acteurs principaux : Robert Duvall, Donald Pleasence, Don Pedro Colley
Genres : Science-Fiction
Nationalité : Américaine
Date de sortie : 3 novembre 1971
Durée : 88mn

 


Synopsis:

Au XXVème siècle, l’ouvrier THX 1138 vit dans une cité souterraine. Il travaille à la fabrication de robots. LUH 3417, avec laquelle il vit, modifie en cachette les médicaments qu’il doit absorber quotidiennement, provoquant en lui des  troubles qu’il ne s’explique pas.

Note du film : 8/10


Mon avis :

Lorsque sont évoqués, dans une conversation, la science-fiction et George Lucas, c’est le plus souvent à propos de la saga amorcée par « La Guerre des étoiles ». Pourtant, auparavant, Lucas signe à deux occasions des œuvres relevant de l’anticipation : le court métrage THX 1138:4EB (essai cinématographique) et THX 1138, sa déclinaison en format long pour le spectateur.

George Lucas naît et grandit dans la petite ville californienne de Modesto, où il vit une enfance tranquille et une adolescence plus turbulente. Alors qu’il se passionne pour le sport automobile et compte se spécialiser dans ce domaine, un accident de voiture, auquel il survit miraculeusement, l’encourage à réfléchir sérieusement à son avenir. Il intègre alors le Collège de sa ville et y étudie les Arts durant deux années, avant de parvenir à rentrer dans l’University of Southern California, au sein de la section cinéma. Il s’y fait remarquer comme un des élèves les plus talentueux, notamment grâce à THX 1138:4EB, une œuvre de science-fiction assez énigmatique, particulièrement appréciée par les étudiants de sa génération.

La réputation du jeune homme lui vaut d’être invité, en compagnie d’un autre étudiant de son université et de deux élèves de l’école rivale, l’UCLA, à assister au tournage de « L’Or de Mackenna », un western produit par Columbia et dirigé par Jack Lee Thompson. Au même moment, Lucas gagne un concours lancé par les studios Warner, permettant à un étudiant d’observer, durant six mois, le travail au sein du vénérable studio hollywoodien. Passionné d’animation et de cinéma expérimental, Lucas pense pouvoir intégrer le département « Cartoon » du studio et travailler auprès de Chuck Jones qu’il admire. Mais, suite à la crise économique traversée par le cinéma américain dans les années 1960, cette unité de production n’existe plus.

Georges Lucas, sur le tournage de THX1138

Chez Warner, Lucas s’ennuie par manque de travail concret et contemple d’un œil « morne » le fonctionnement d’un studio qu’il considère comme hors du coup. Heureusement, il y rencontre un jeune metteur en scène issu de l’UCLA : Francis Ford Coppola, qui dirige alors « La Vallée du bonheur », une comédie musicale fantastique interprétée par Fred Astaire et Petula Clark ! Les deux hommes se lient d’amitié et, pour son projet suivant, « Les Gens de la pluie », F.F. Coppola décide de monter son propre studio de production indépendant : American Zoetrope. Activement aidé par George Lucas et par de jeunes talents de leur génération, il s’installe dans la ville de San Francisco, capitale du mouvement hippie, afin d’aborder d’une nouvelle manière le cinéma. Il veut favoriser la liberté des artistes tout en s’inspirant des idées de la Nouvelle Vague française et du succès totalement inattendu de « Easy Rider » (D.Hopper-1969). Ayant déjà travaillé pour Warner, F.F. Coppola parvient à leur soutirer de l’argent pour préparer ses premiers projets, parmi lesquels « THX 1138 » dont le studio s’engage à distribuer. Mais si ses dirigeants ne jugent pas le produit satisfaisant, Coppola devra leur rendre malheureusement l’argent prêté !

THX 1138, est un film d’anticipation dirigé par George Lucas, qui l’écrit aussi avec l’aide de Walter Murch. Tourné en Californie, essentiellement à San Francisco et dans sa région, le film se fait pour le chiffre symbolique, choisi par Coppola, de 777.777, 77 $, une somme modeste si on la compare aux budgets de deux films de science-fiction de la même époque : « La Planète des singes » (Franklin J. Schaffner, 1968), a couté 6millions de Dollars, ou « 2001, L’Odyssée de l’espace » (Stanley Kubrick, 1968), 20millions de Dollars.

Pour économiser sur les décors et les accessoires, Lucas choisit de tourner certains passages dans des sites à l’allure vaguement futuriste et emploie des accessoires issus de la vie courante. Dans le même sens, il opte, en ce qui concerne la prise de vue, pour une version économique du format « scope », le Techniscope, procédé n’impliquant pas d’anamorphose et permettant une moindre consommation de pellicule.

Pour le rôle-titre, Lucas sélectionne Robert Duvall, qui apparaissait dans « Les Gens de la pluie ». Puis, il sélectionne, pour être sa compagne LUH 3417, Maggie McOmie, actrice qui n’avait pas encore tourné pour le cinéma et qui n’y reviendra plus jamais après.

Robert Duvall et Donald Pleasance

Crédit : Allociné

Maggie McOmie

THX 1138 s’ouvre sur quelques images du serial « Buck Rogers », (Ford Beebe et Saul A. Goodkind, 1939) pour le studio Universal. Pourtant, si ce classique du Space Opera inspirera directement « La Guerre des étoiles », il ne sert qu’à faire un contrepoint assez ironique sur la façon dont Lucas approche ici la science-fiction. Dans THX 1138, il n’est point question de voyages interstellaires et de combats spectaculaires, mais bien d’une critique de la société américaine, adressée à celle-ci par un jeune homme en colère. Ses tares y sont dépeintes avec force, jusqu’à aboutir au portrait d’un monde totalement aliénant, d’un système basé sur le seul bon fonctionnement d’un cycle production-consommation poussé jusqu’à l’absurde.

Ainsi, après sa journée de travail, THX se rend dans un magasin pour y acheter des cubes colorés, objets inutiles qu’il détruit aussitôt rentré chez lui ! La consommation se voit donc réduite à un réflexe basique et vide de sens. La bonne marche de cette société, sa stabilité, exige l’annulation des risques et des imprévus, et particulièrement ceux liés aux individus. Des médicaments calmants et des programmes holographiques violents et érotiques servent donc à gérer ce facteur humain, tandis que toute vie sentimentale ou sexuelle partagée est formellement interdite. L’apparence physique (les cheveux sont interdits) et l’habillement s’avèrent eux aussi strictement codifiés, toute tentative de se distinguer en tant que personne originale ne pouvant être envisagée. Préférant l’efficacité à la créativité, le confort à l’épanouissement, cette société totalitaire correspond en fait à la vision qu’inspire à Lucas et à sa génération l’Amérique dans laquelle ils ont tous les deux grandi…

Pourtant, il n’est point besoin d’attendre la fin des années 1960 pour que l’anticipation décrive le futur de l’humanité sur un ton négatif, en craignant notamment un avenir excessivement normalisé. « Métropolis » (F.Lang, 1927), parmi d’autres, dépeint ainsi une ville du futur dans laquelle les classes laborieuses sont opprimées, tandis que, sur d’autres points de vue, tout au long des années 1960, l’anticipation américaine tendra, de plus en plus, à critiquer les Etats-Unis et son mode de vie : « La Chair, le monde et le diable » (R.MacDougall, 1959), s’en prend au racisme, « Un Crime dans la tête » (J.Demme, 2004) s’inquiète des manipulations politiciennes, « La Nuit des Morts Vivants » (G.A Romero, 1968), stigmatise une société dans un état catastrophique.

Parmi ces films contestataires, il est tentant de rapprocher « THX 1138 » de l’« Alphaville » (Jean-Luc Godard, 1965). Lucas, qui se dit alors passionné par ce réalisateur, va user des moyens semblables pour décrire le futur. Comme nous l’avons déjà vu, plutôt que de recourir à des accessoires fabriqués pour l’occasion, il choisit d’employer des décors contemporains et des objets des années 1960 afin de décrire le futur. De même, les deux films dépeignent des individus en lutte contre une société bannissant l’amour et la créativité.

En ce qui concerne sa structure narrative, THX 1138 se répartit clairement en trois actes biens distincts. La première partie, la plus ancrée dans la science-fiction contestataire, nous décrit minutieusement l’univers totalitaire dans lequel vit THX, en insistant sur le moindre détail de sa vie quotidienne : travail, loisirs, religion, sexualité, justice, police… C’est toute une machine implacable que dépeint, dans ses moindres rouages aliénants, George Lucas, satiriste impitoyable et pessimiste des Etats-Unis.

« La prison est un vaste lieu, entièrement blanc immaculé, qui semble s’étendre à l’infini… »

La seconde partie se déroule dans l’étrange prison où cette société jette ses ennemis. Ce lieu indéfini paraît une grande surface blanche, s’étendant à l’infini dans toutes les directions et au milieu de laquelle tournent en rond les prisonniers, lesquels paraissent littéralement perdus au milieu de nulle part. Dans ce décor (ou plutôt : dans cette absence de décor), évoluent des personnages chauves et vêtus de manière minimaliste. L’abstraction est alors reine et THX1138 paraît s’éloigner de l’anticipation pour s’orienter vers une forme de théâtre expérimental, où l’absurdité mène le jeu et où les captifs, aussi bavards qu’inactifs, se morfondent dans leurs délires et leurs monomanies. Nous sommes alors plus proches d’Ionesco ou de Beckett que de l’idée qu’on se fait habituellement de la science-fiction au cinéma. Si l’idée et son exécution ne manquent pas d’intérêt, ce passage, par son ton, semble peut-être trop en rupture avec le reste du métrage. Trop déconnecté de ce qui se déroule avant et après lui, il provoque une rupture de ton nous paraissant préjudiciable.

THX1138

Crédit : Allociné

Enfin le dénouement nous montre la fuite de THX et la chasse à l’homme qui s’ensuit. Dès lors, THX 1138 s’oriente nettement vers l’action et les poursuites. Si ses compagnons d’évasion vont échouer ou, tout simplement, renoncer, THX traverse des zones inconnues dans lesquelles les citoyens ne s’aventurent guère habituellement, comme ces réseaux de tunnels à l’abandon ou, surtout, cette zone peuplée d’êtres hybrides et dangereux. A nouveau, Lucas gère habilement le manque de moyens en créant des rebondissements ingénieux et peu onéreux à mettre en scène (le rechargement énergétique de l’automobile, par exemple).

En résumé, le film nous montre, une peinture acerbe d’une société contemporaine infantilisante et dangereuse. THX 1138 permet aussi à Lucas de dresser le portrait d’un individu qui, en se rebellant contre un système, va conquérir son individualité et sa liberté. Mais cette œuvre expérimentale et engagée laisse dubitatifs les dirigeants des studios Warner. Peu satisfaits par le film que leur livre Zoetrope, ils exigent le remboursement de l’argent avancé et, malgré les protestations de Lucas et de ses collaborateurs, retirent 80mn au long-métrage avant de le distribuer en salles en 1971 où il fait un bide. Évidemment, THX1138 ressortira, et cette fois dans sa version intégrale, après le succès de « La Guerre des étoiles ». Il va conquérir progressivement ses galons de film important dans le domaine de la science-fiction des années 1970, parvenant à trouver sa place à mi-chemin entre les expérimentations formelles de « 2001, L’odyssée de l’espace » et les propos politiques alarmistes de « La Planète des singes » ou de « Soleil Vert » (R.Fleischer, 1974).

Dans le prochain numéro du magazine « What’s Up Montpellier », vous découvrirez le 43ème film de mon Top 50:

La nuit des morts vivants (Romero)

Crédit : allociné

A propos de l'auteur

Rédacteur rubrique Cinéma, Critiques Films Etudiant à l'université Paul Valéry, Montpellier 3

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