Si vous voulez vous la « péter » en société, ou même passer pour un vrai cinéphile pendant vos soirées entre amis, voici ce qu’il vous faut : la liste du top 50 des films à avoir vu dans votre vie afin de briller en société…
Chaque semaine, découvrez un film de mon Top 50.

45ème:
Les aventures de Cinéman

 

Réalisateur : Yann Moix
Acteurs principaux : Franck Dubosc, Lucy Gordon, Pierre-François Martin-Laval
Genres : Comédie / Fantastique / Romance
Nationalité : Française
Date de sortie : 28 Octobre 2009
Durée : 90mn


Photo Affiche film

Régis Deloux, professeur de mathématiques à Montreuil-sous-Bois, trouve un jour un médaillon qui possède le pouvoir de le projeter dans les films. C’est ainsi qu’il décide de partir sur les traces de Sissi, qui a disparu. Il la retrouve dans un western-spaghetti où il doit affronter une bande de hors-la-loi. Il réussit à fuir avec la jeune femme et, de film en film, ils tentent de revenir dans la vraie vie.

Note du film : 5/10

 

 


Mon avis :

Avant de plonger dans la critique de ce film, revenons un peu en arrière. À la base, l’écrivain / essayiste / réalisateur, Yann Moix, est tiraillé entre son goût du mot d’auteur et ses aspirations populaires. Son but ultime est de passer derrière la caméra pour toucher le plus grand nombre avec ses récits d’amoureux du 7ème art. Ce sera chose faite avec Podium, clinquante comédie reposant sur les frêles épaules d’un Benoît Poelvoorde sur le point de passer du côté obscur du statut de vedette. Déjà, dans ce succès public et presque critique, Yann Moix montre l’étendue de ses limites : une mise en scène poussière empruntant ses rares bons cadres au cinéma amé-ricain contemporain, une voix-off surlignant toutes les évolutions des personnages et explici-tant l’intrigue au spectateur « trop neuneu » pour la comprendre, des placements produits parmi les plus hallucinants vus récemment…

Box-office « plantureux » aidant, le jeune réalisateur annonce déjà son prochain projet : un délire fantastique et cinéphile qui projetterait le même Benoît Poelvoorde au beau milieu d’œuvres emblématiques du 7ème art. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais l’acteur est sur le point d’entrer en crise personnelle et fait tourner court l’aven-ture temporairement – Yann Moix, avec la classe du boxeur fracassant son adversaire à terre, s’en va faire le tour des talk-shows pour débiner son ex-future vedette et, probablement, rassu-rer du même coup ses potentiels investisseurs. D’autant qu’en remplacement, il finira par trou-ver l’acteur parfait pour le rôle de Régis Deloux en la personne de Franck Dubosc.

Cinéman « Taxi Driver »                    Crédit : Allociné

Le comique pensait sûrement trouver en Cinéman « LE » rôle susceptible de montrer l’éventail de ses talents d’acteurs, de développer des nuances de jeu afin de lui assurer une recon-naissance de ses pairs. Mais, dès la stupéfiante scène d’introduction, le rêve s’estompe. Avec des scènes franchement gênantes avec Marisa Berenson et Michel Galabru, ou encore avec la piètre performance de Pierre-François Martin-Laval pour s’en convaincre, Yann Moix révèle illico ses carences en matière de direction d’acteurs. Il choisit délibérément de réduire à néant tous ses enjeux dramatiques en nous présentant le personnage au fait de sa gloire : devenu « Cinéman », l’ancien prof de mathématiques, Régis Deloux. Celui-ci nous étale son style de vie, sa réussite tant professionnelle (il côtoie tout le gratin, de Robocop à Amélie Poulain en passant par Catherine Deneuve) que personnelle (il a emballé l’héroïne, qui a accouché d’un Cinéboy et s’occupe d’un Cinédog). Une touche d’humour ne fait pas de mal en ce moment.

La recréation de classiques du cinéma (en préambule, des films comiques muets à la Harold Lloyd) et surtout l’incorporation de l’acteur principal dans ceux-ci font mal au cœur. En effet, Dubosc adopte des mimiques outrées, et Yann Moix a une propension à surligner le moindre effet comique par un bruitage rigolo / un contrechamp brutal / un silence pesant de plusieurs secondes, pour que le spectateur ait bien le temps de tout comprendre.

Tandis que l’intrigue se met peu à peu en place, une tenace impression qui demanderait à être vérifiée, nous taraude. Il s’agit de celle d’un objet n’ayant pas obtenu, au sortir d’un premier montage, l’aval de son réalisateur – ou de sa production, qui n’aurait pas été jugé assez drôle en l’état, et qu’il ait fallu reprendre de fond en comble lors de sa post-production. En étant un peu attentif, et même en l’étant très vaguement pour tout dire, les défauts monstrueux de la post-synchronisation (redoubler les voix pour le montage final, par exemple) vous sautent aux yeux. On voit clairement les décalages entre le jeu des acteurs live et les dialogues enregistrés plus tard, et on perçoit encore plus nettement les changements de dialogues ayant été opérés, histoire de changer – ou de rajouter – certaines vannes, pour un résultat comique qu’on quali-fiera de mitigé. Dans ce même ordre d’idées, l’adjonction décevante de bruitages incessants souligne avec une crasse redondance les gags visuels et finit par horripiler franchement au pire, et au mieux susciter des interrogations théoriques histoire de passer le temps. Ces questions s’effacent bien vite devant la consternante réalité du film.

Cinéman « Orange Mécanique »                                     Crédit : Allociné

Car ce sens du non-rythme comique évoqué plus haut, ce manque de tempo humoristique lit-téralement stupéfiant, déborde en permanence sur le fond pas simple du film. À cet égard, l’exemple le plus criard de ce sentiment lourdement prégnant d’approximation dans l’élabora-tion réside dans l’un des points forts du film, celui qui lui offre même le visuel de son affiche, le détour du côté des films à la Tarzan. Yann Moix y applique avec obstination son cahier des charges : une reproduction sans âme et sans aucun recul artistique de l’univers cinématogra-phique cité, parasitée par quelques gags répétés jusqu’à les vider totalement de leur substance. En l’occurrence ici, une idée adorablement absurde (faire des sauts en liane à reculons) est mise en scène et surlignée à chacun de ses passages, créant la désagréable impression de faire du remplissage. Cette impression est corroborée par le tour de force à venir, le combat du héros contre une multiplicité de panthères en peluche – la scène sera servie près d’une demi-douzaine de fois d’affilée, assortie de ces incunables bruitages rigolos, des mêmes plans montés de la même façon. Le caractère volontairement cheap des effets traduit quant à lui le recul autoproclamé de l’auteur, sa défiance de réinterpréter ou de se réapproprier quoi que ce soit, comme son désir de ruer dans le tas de la connivence immédiate avec le spectateur – la der-nière partie du film en témoignera de façon éloquente.

En somme, il est facile de considérer « Cinéman » comme un ratage absolu. On peut aussi le voir comme un long-métrage « Nanar », sa volonté de décrypter la puissance d’évocation du 7ème art en fonctionnant par références emblématiques et anecdotiques, et son désir de plaire au plus grand nombre en recourant systématiquement au plus petit gag humoristique commun. Bref, un festival de clins d’œil permanents.

Dans le prochain numéro du magazine « What’s Up Montpellier », vous découvrirez le 45ème film dans mon Top 50 : THX 1138 (Georges Lucas)

Photo affiche THX1138

THX 1138 (G.Lucas-1971)     Crédit : Allociné

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