Si vous voulez vous la « péter » en société, ou même passer pour un vrai cinéphile pendant vos soirées entre amis, voici ce qu’il vous faut : la liste du top 50 des films à avoir vu dans votre vie afin de briller en société…
Chaque semaine, découvrez un film de mon Top 50.

46ème:
2012

Affiche Film 2012

Crédit : Allociné

• Réalisateur : Roland Emmerich
• Acteurs principaux : John Cusack / Chiwetel Ejiofor / Oliver Platt / Danny Glover
• Genres : Action / Catastrophe
• Nationalité : Américain
• Date de sortie : 11 novembre 2009
• Durée : 158mn


Synopsis:

Les Mayas, l’une des plus fascinantes civilisations que la Terre ait portées, nous ont transmis une prophétie : leur calendrier prend fin en 2012, et notre monde aussi. Depuis, les astrologues l’ont confirmé, les numérologues l’ont prédit, les géophysiciens trouvent cela dangereusement plausible, et même les experts scientifiques gouvernementaux finissent par parvenir à cette terrifiante conclusion. La prophétie maya a été examinée, discutée, minutieusement analysée. En 2012, nous saurons tous si elle est vraie, mais quelques-uns auront été prévenus depuis longtemps… Lorsque les plaques tectoniques se mettent à bouger, provoquant de multiples séismes et détruisant Los Angeles au passage, Jackson Curtis, romancier, et sa famille se jettent à corps perdus, comme des millions d’individus, dans un voyage désespéré. Tous ne pourront pas être sauvés…

Photo film 1

Crédit : Allociné

Note du film : 6/10


Mon avis :

Forcé de le reconnaître : Roland Emmerich est un auteur avant d’être un cinéaste. Dans ses œuvres précédentes – Independance Day, Godzilla, Le Jour d’après –, il nous faisait déjà part de ses grandes obsessions : la fin de l’Amérique (et donc du monde) et les gros immeubles qui s’effondrent. Avec le film 2012, il creuse ses thèmes de prédilection, et livre une œuvre-somme qui serait amusante à regarder au second degré, si l’idéologie qu’elle véhicule ne se révélait pas si nauséeuse.

Vous vous souvenez du bug de l’an 2000 ? Et bien, le 21 décembre 2012 sera pire. Résumons la thèse pseudo-scientifique du film : suite à l’affolement des neutrinos, le cœur de la Terre se se transformera en un gigantesque « four à micro-ondes » (c’est un géologue qui utilise cette audacieuse métaphore), des volcans se réveilleront et des êtres s’éteindront, les champs magnétiques perdront le nord, les plaques continentales grimperont les unes sur les autres et la Californie coulera à pic. Heureusement, les responsables politiques du monde entier auront eu le temps de construire, dans le plus grand secret, des canots de sauvetage pour quelques élus soigneusement sélectionnés sur des critères économiques et, accessoirement, génétiques. L’espèce humaine devrait pouvoir survivre à l’Apocalypse ; on respire.

Ainsi, à partir d’une fumeuse histoire de calendrier maya dont on risque hélas d’entendre parler au moins jusqu’au 22 décembre 2012, Roland Emmerich imagine et met en images rien de moins que la chute des civilisations. Il n’est pas le seul : son grand copain Michael Bay, également spécialiste des chantiers de démolition à échelle planétaire, prépare en ce moment sa propre version de 2012, sous-titrée La Guerre des âmes pour éviter toute confusion. Chez ces deux cinéastes, tout est prétexte à faire exploser la Terre – ou au minimum New York. Les extraterrestres (Independence Day), la reprise des essais nucléaires français (Godzilla), des robots géants tout droit sortis d’un coffre à jouets (Transformer, et sa suite), une météorite (Armageddon), le réchauffement climatique (Le Jour d’après) ou le calendrier maya : au fond, quelle différence, tant que cela permet de filmer de belles explosions et de mettre en valeur l’héroïsme latent de l’homme de la rue ? Car au fond, c’est là le programme du film-catastrophe, inchangé depuis les années 1970, qui vit éclore ce genre typiquement américain (L’Aventure du Poséidon, La Tour infernale…) : mettre en scène une situation de crise propice à révéler (et à punir) la lâcheté des uns, à célébrer le courage des autres, et à unifier le corps social autour de valeurs communes indémodables, à savoir : Dieu et la bannière étoilée. Avec l’exacerbation des peurs occidentales et l’hypertrophie des effets spéciaux numériques, la catastrophe est de plus en plus globale et spectaculaire, mais le discours reste peu ou prou le même.

Emmerich met la barre très haute avec 2012, qui représente le tout-en-un du film-catastrophe : éruptions volcaniques, tremblements de terre, tsunamis… Rien ou presque ne manque à l’appel, la fin du film nous offrant même un remake de Titanic. Pour faire bonne mesure, Emmerich empile avec application tous les clichés et enfile toutes les scènes obligées. Pendant plus de deux heures et demie, tandis qu’une poignée d’officiels s’agite à la Maison-Blanche, une famille d’Américains moyens va donc cavaler (en voiture) sous des autoroutes qui s’effondrent, slalomer (en camping-car) au milieu de missiles de lave, se faufiler (en avion de tourisme) entre des immeubles qui s’écroulent, s’écraser (en avion de ligne) dans l’Himalaya, et passer à chaque fois à un quart de cheveu de la mort. À chaque étape ou presque, un second couteau périra, mais qu’on se rassure : les enfants et le chien, eux, survivront. Quant aux parents divorcés, ils profiteront de la catastrophe pour panser leurs plaies et se remettre ensemble, car rien de tel qu’une bonne fin du monde pour ressouder la famille américaine. Et, par extension, la nation toute entière, comme le rappelle le digne et admirable Président des États-Unis d’Amérique (un Noir, pour faire moderne) dans son ultime allocution télévisée : « Today we are one family » (soit : « aujourd’hui, nous sommes une seule et même famille »).

Photo film 2

Crédit : Allociné

Bien sûr, il y a de quoi rire. Pour peu que l’on soit un peu pervers, ou que l’on soit prêt à mettre son cerveau au vestiaire pendant deux heures et demie, 2012 peut s’apparenter à un divertissement correct. Mais, en grattant un peu, le film se révèle très antipathique, notamment par la manière dont sont traités (puis sacrifiés) les personnages secondaires (cas exemplaire : le beau-père). Interprété par un acteur visiblement choisi pour son manque de charisme,le beau-père ne fait pas le poids, même en face du fade John Cusack. Au début, il est pourtant présenté comme un rival sérieux (il est prévenant et tendre envers sa femme, complice et attentif avec les enfants), mais dès lors que les vrais problèmes commencent, il se révèle superficiel, pleutre, râleur, systématiquement à côté de la plaque, en un mot : grotesque. Sa seule utilité, c’est qu’il sache conduire un avion. Une fois à terre, comme résigné au sort que lui prépare le scénario, il passe la main à l’époux/père légitime, le temps d’un court dialogue durant lequel il se lamente de n’avoir jamais eu d’enfants « à lui », bref : d’avoir raté sa vie. Sa mort sans héroïsme est expédiée en quelques secondes, et s’apparente à l’expulsion d’un corps étranger.

2012 est par ailleurs confit de religiosité, engluant les soi-disant prophéties mayas sous des références bibliques grosses comme l’Arche de Noé, et y ajoutant une bonne couche de bouddhisme avec un moine tibétain tel que le rêvent les Occidentaux : vénérable, philosophe et sibyllin. Il n’y a que les Musulmans qui ne soient pas de la partie : Emmerich a certes filmé la destruction de La Mecque, mais la scène a finalement été retirée du montage final, le réalisateur justifiant sa décision en ces termes : « Je ne voulais pas provoquer une fatwa et vivre avec des gardes du corps jusqu’à la fin de mes jours. Franchement, cela ne valait pas le coup. Ce n’est que du cinéma. » On perçoit dans ces belles paroles toute l’islamophilie légendaire de l’industrie hollywoodienne.

Enfin et surtout, quand bien même serait-il enrobé d’un semblant de critique sociale, le discours du film est des plus réactionnaires. La caricature des riches et des puissants paraît véhiculer un message contestataire, mais Emmerich prend cependant bien soin de choisir des milliardaires venus d’ailleurs : un Russe veule et disgracieux, des Saoudiens huileux, mais certainement pas des Américains ! Le film désamorce toutes les questions qui fâchent en laissant la parole à l’antipathique (mais si pratique) homme de main du Président et maître d’œuvre du plan de sauvetage, qui se charge de se salir les mains pour les autres : d’accord, il a fallu tuer ceux qui avaient vent du projet, mais cela pour éviter une panique généralisée ! D’accord, seuls les riches auront droit à la vie sauve, mais il fallait bien que le « secteur privé » paie pour la construction des Arches ! Vous ne voulez pas risquer l’extinction de l’Humanité toute entière pour des questions d’éthique et pour quelques ouvriers chinois, tout de même ? Le film tente de racheter ce cynisme assez ahurissant par un ultime acte de générosité : quelques gueux seront sauvés in extremis, ce qui permettra de faire oublier les six milliards d’être humains qui auront été sacrifiés et trompés jusqu’au bout par des puissances politiques et économiques. Ne reculant devant aucune hypocrisie, Emmerich fait même tenir à un de ses héros-boy scouts un discours magnifique sur une nouvelle ère qui s’ouvrirait pour l’Humanité. Une fois débarrassé des pauvres, c’est sûr qu’on se sent tout de suite plus à l’aise…

Quant au happy end inévitable mais paradoxal, il est tellement gratiné qu’il ne manquera pas de faire grincer quelques dents. En effet, présenter l’Afrique en territoire vierge à (re)coloniser, il fallait oser. Mais les mauvais cinéastes osent tout. C’est même à cela qu’on les reconnaît.

Photo film 3

Crédit : Allociné

Dans le prochain numéro du magazine « What’s Up Montpellier », vous découvrirez le 45ème film dans mon Top 50 : Cinéman ( Yann Moix )

Affiche film

Crédit : Allociné

3 Réponses

  1. Clay

    2012 et Cinéman dans le top 50 de toute l’histoire du cinéma depuis plus de 100 ans ? Sérieusement ?

    « Force est de le reconnaître : Roland Emmerich est un auteur. » Waaaat…?
    Tu vas pas briller longtemps en soirée avec ça 😀

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    • Martin

      Merci pour ta contribution « Clay », cela permets de corriger quelques coquilles dans mes articles 😀 !
      Bonne continuation et bonne journée sur notre site « What’s Up Montpellier »!

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    • Martin

      Mon top 50 n’est pas exhaustif, il n’est fait que par mon propre ressenti sur certains films. Mon TOP 50 va du moins bon au meilleurs films, je me permets de mettre des films moins connu du grand public. 2012, est un bon blockbuster et d’un grand cinéaste. Par contre, pour « Cinéman », c’était un clin d’œil pour le scenario du film qui retrace l’histoire du cinéma. Pour attendre, la critique de films cultes ( Taxi-driver / Mulholland Drive / Dracula / Nosferatu ect… ) il faudra être patient et attendre la fin du classement ( TOP 10 ). Merci par avance et bonne journée.

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