La ligne de bus 22 est toutes les nuits habitée par les mêmes voyageurs, des sans-abris, qui y trouvent de la chaleur le temps d’un trajet. C’est le sujet de Hotel 22, un magnifique court métrage d’Elizabeth Lo.

Le temps d’un voyage

La réalisatrice filme ainsi ces voyageurs anonymes qui trouvent chacun leur place respective et y vivent pendant quelques heures avant de repartir. On les voit dormir, être passifs, attendant, se disputant pour avoir un peu de chaleur. Esthétiquement, c’est exquis. La caméra de Lo est extrêmement douce, on sent qu’elle s’est immergée dans ce trajet et a côtoyé ces personnes de nombreuses semaines durant. A aucun moment elle ne juge ces hommes et ces femmes. Elle les filme en train de dormir, abandonnés à une brève insouciance. On s’attache à ces visages même si on ne les voit que quelques minutes, on espère que leur petit somme dure de longues heures malgré la fin du trajet que l’on sait inévitable.
Hotel 22, c’est aussi un travail sonore extrêmement maîtrisé. Nous sommes plongés dans cet univers auditif progressivement. On entend le bus arriver avant qu’il n’apparaisse à l’image, puis une fois à l’intérieur, on distingue toutes les subtilités. Le compostage du billet, les barres de métal qui tremblent, le moteur vrombissant, les ronflements…
Elizabeth Lo nous raconte de manière très juste et sensible le quotidien de ces gens. L’ironie de cette parenthèse nocturne, c’est que cela se déroule dans la Silicon Valley, lieu associé dans les esprits au développement et aux progrès technologiques.

Ces sans-abri, qui hantent quotidiennement le même bus, sont aussitôt remplacés au lever du soleil par des travailleurs qui n’ont aucune idée des fantômes de la nuit et de la ville…

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