Victoria est une jeune espagnole qui habite en Allemagne depuis trois mois. Elle travaille dans un café en tant que serveuse et n’a pas d’amis. Un soir, elle sort en boîte de nuit. Puis elle rencontre Sonne, un jeune allemand qui fait la fête avec 3 autres amis : Boxer, Blinker et Fuss. Ils vont déambuler dans la nuit et s’amuser, puis la vie de Victoria va être bouleversée.

Tout est flou

Flash. Cette séquence d’ouverture de Victoria, dans la boîte de nuit, est éblouissante et épileptique. La lumière agresse la rétine, la musique nos oreilles. On ne comprend pas ce qu’il se passe, tout est flou. La première chose que l’on peut dire à propos de ce film, c’est qu’il est imprévisible.
Déjà techniquement : le film a beaucoup fait parler de lui car il n’est en fait qu’un long plan séquence de 140 minutes. Cent. Quarante. Minutes. Rien que ça. Et là, il n’est pas question d’un faux plan séquence avec des raccords numériques, non, un vrai plan séquence de plus de deux heures.
L’imprévisibilité technique est couplée à une imprévisibilité scénaristique. Pendant toute la première heure, on ne sait pas ce qu’il se passe, où l’on va. Les personnages vont ici et là dans le quartier, la caméra les suit et nous fait intégrer le groupe. On est là, avec eux, à aller sur le toit d’un immeuble admirer les étoiles ; là, dans l’épicerie, à se faire discret pour voler une ou deux bières.

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Crédit : Radical Media / MonkeyBoy

Fougue et liberté

A partir du moment où vous vous êtes assis sur votre fauteuil et que le film commence, vous êtes pris dans une fougue sans fin. Vous vivez profondément cette fin de soirée. Le film réussit à lier le plan séquence à la narration à merveille, ce n’est pas seulement un défi technique : les personnages vivent une fin de soirée douce et calme, ils s’amusent. C’est une parenthèse qui semble durer infiniment, et le plan séquence nous transporte dans cette temporalité ralentie et exquise.
Cette temporalité, peut-être trop longue pour certains, sème le doute sur ce que nous raconte le film : chronique d’une nuit éméchée entre jeunes ? Thriller ? Nous sommes plongés dans le flot du film, le flot du plan séquence, et on ne sait pas ce qui nous attend au bout. Le film joue très bien avec cette confusion, il nous amène sur plusieurs thématiques et genres, dans plusieurs lieux qui reviennent plusieurs fois. On est plongé dans un quartier, avec des personnages, le plan séquence fait que l’on ne peut en sortir : tous les éléments sont là, quelque chose ne va pas, quelque chose de sale, quelque chose de trop parfait.

Une bouffée d’air

Fougueux, libre, audacieux : une bouffée d’air. Victoria est un de ces films qui vous fait vivre une expérience profonde du cinéma : la captation d’un moment, de relations, de lieux, de telle manière que l’on y prend part. Cette cohésion entre l’oeuvre et le spectateur née grâce au plan-séquence comme évoqué mais aussi avec le talent fou des acteurs. Le scénario ne faisait que 12 pages, c’est-à-dire que les acteurs ont improvisé une très grande partie du film, et ce de manière extrêmement talentueuse, touchante et attachante.

Une caméra aussi fougueuse et libre que celle de Sebastian Schipper. On déplorera quelques chevilles légèrement grosses au niveau du scénario ou de l’écriture des personnages, sûrement dû au défi technique, mais celui-là même ainsi que les personnages très attachants vous font vite oublier ces imperfections.

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