Les Journées européennes du patrimoine se sont déroulées du 19 septembre au 20 septembre 2015. Faut-il encore rappeler ce que sont les Journées du patrimoine ? Leur influence est tellement forte année après année que tout le monde désormais les connait. Pour répondre à cette influence croissante, la ville de Montpellier a mit les bouchées doubles cette année. Plus de 55 sites étaient ouverts au public avec des visites de quartiers organisées par l’Office de tourisme. Comme lieux incontournables cette année, il y avait l’Arc de triomphe qui était fermé aux visites des Journées du patrimoine depuis deux ans.

L’Arc de triomphe de Montpellier

L’association Histoire(s) de l’université Paul-Valéry nous proposait une visite gratuite de l’Arc de triomphe. Celle-ci se déroulait par groupes de 15 personnes pour une durée de 15 minutes. Pour atteindre le haut de cet édifice il suffit de marcher sur l’avenue Foch et de rentrer par une porte dans le pied gauche de l’Arc lorsque l’on se dirige vers la préfecture. Une fois un escalier en colimaçon monté c’est une vue de qualité qui s’offre à vous sur tout Montpellier.

Crédit: Rongier Paul

Crédit: Rongier Paul

L’Arc de triomphe en nombre

Cet escalier en colimaçon comporte 86 marches et deux petites fenêtres. L’Arc a été bâti de 1691 à 1695. Il recevait les remparts de Montpellier qui ont été démolis depuis la construction du Palais de Justice. L’Arc de triomphe mesure 15 mètres de haut et 18 mètres de large. Pour l’ouverture du portique celui-ci fait 7 mètres de haut et 4,70 mètres de large.

Un projet de grande envergure

À la fin du XVII° siècle, la vieille porte médiévale du Peyrou précédant l’Arc de triomphe tombe en ruine et ne répond plus aux nouveaux critères esthétiques de l’espace public. Après insistance de l’intendant du Languedoc, Nicolas de Lamoignon de Basville (1648-1724), le Conseil communal décide le 24 mars 1691 de reconstruire la porte du Peyrou. Depuis l’ancien parc public, l’accès à la vieille porte se faisait par un pont levis. Le projet de la nouvelle porte comprend un réaménagement de ce passage avec un pont fixe qui sera élargi dans la construction de la place Royale du Peyrou entre 1766 et 1774. C’est ici que passent les voitures actuellement. De même sont en cours d’installation, en dessous, des lignes de trams pour rejoindre la station Albert Ier à la station Observatoire. Augustin Charles d’Aviler (1653-1701), architecte du roi venu de Paris et beau-frère de l’intendant du Languedoc est en charge des travaux de la place royale. Il se charge des dessins et du recrutement des exécutants. L’architecte nîmois Jacques Cubizol et le sculpteur Philippe Bertrand en font partie. Au XIXe siècles, lors de la construction du palais de justice et l’enlèvement des murailles, la porte ne tient plus qu’une fonction symbolique et décorative. Cette arche blonde au couleur du sud est un symbole majeur de Montpellier. Les spectateurs ayant visité l’Arc ont d’abord été émerveillés par cette voûte à caisson fleuri sous l’arche. La beauté de ces caissons est seulement visibles du dessous, lorsque l’on passe entre les deux pieds. Mais c’est la vue panoramique en haut de l’Arc que les montpelliérains ont attendu samedi et dimanche. C’est une nouvelle façon de redécouvrir Montpellier de se retrouver en face du fronton du Palais de Justice. De voir au loin le clocheton de la Chambre du Commerce dans lequel était suspendu les corps aptes aux dissections en hiver. Ces corps qui ont permis à la science d’avancer quand la Chambre du Commerce était encore l’ancienne école de médecine. Et surtout, on voit la mer !

Un arc à la gloire de Louis XIV

Au sommet de l’Arc, on voit les armes de France dans un cartouche. Il y a un cartouche de chaque coté de l’arche, ils sont différents de chaque coté. Les médaillons montrent des allégories qui rappellent les moment clefs de la ville. Sur le coté ville à gauche, on observe l’allégorie de l’Hérésie vaincue rappelant la révocation de l’édit de Nantes (en 1685) avec l’inscription « Extincta Hoeresi » qui signifie l’hérésie a été vaincue. On y voit la Foi, glorieuse, qui brandit le bras vers le haut, écrasant l’hérésie représentée par un veillard. L’inscription fut effacée à la Révolution. Du côté droit de la ville, l’on voit la Création du canal des deux mers réalisé en 1666, avec l’inscription « Junctis Oceano et Mediterraneao mari » qui signifie l’océan et la mer méditerranée sont désormais joints . On y voit une divinité associer la jeune Méditerranée innocente au vieil Océan barbu. Ils sont liés main dans la main. De l’autre coté de l’Arc de triomphe, l’on voit deux autres médaillons. A droite du côté Peyrou, on y voit l’évocation des prises de Mons et de Namur ( deux villes Belges). Y est inscrit « sub oculis hostium Belgii arcibus expugnatis » qui signifie sous les yeux des ennemis, les citadelles de Belgique sont soumises . La victoire est représentée avec un écusson solaire et les clés des villes conquises. Avec son pied droit, elle maintient le lion, symbole de la Belgique. Celui-ci est effrayé et immobile. Enfin sur le médaillon de gauche côté Peyrou est placé Louis XIV en Hercule couronné par la Victoire chasse l’aigle (l’Empire) et terrasse un lion (l’Angleterre). L’inscription qui y est jointe est « fusis terra marique conjuratis gentibu » qui signifie les peuples coalisés ont été anéantis sur terre et sur mer. Ces médaillons comme les autres font honneur au Roi Louis XIV. Ils rappellent ses victoires qui, bien que sanglantes, ont fait sa gloire. On le voit triomphant dans un corps d’athlète se faisant couronner par une victoire ailée. Ce médaillon est proche de la phrase écrite dans l’attique:
« La Paix a été apportée sur terre et sur mer par Louis le Grand, dont le règne durant soixante-douze ans, après avoir séparé, contenu, et s’être attaché les peuples coalisés dans une guerre de quatorze année. 1715. »

Sa situation

L’Arc de triomphe fait face à la statue de Louis XIV au centre du jardin du Peyrou et de l’aqueduc Saint Clément construit par l’architecte Henri Pitot de Launay en 1754. Le jardin du Peyrou est un ensemble de travaux entreprit en 1689. Nicolas Lamoignon de Basville (1648-1724) est chargé de l’aménagement du promontoire du Peyrou sur la colline du Puy d’Arquinel. En 1685 ce lieux de promenade populaire est changé en Place Royale.

Crédit: Rongier Paul

Crédit: Rongier Paul

Une statue équestre monumentale

Pour rendre la Place Royale, en 1718, une statue de Louis XIV est édifiée. Celle-ci est réalisée par deux sculpteurs parisiens, Mazeline et Hurtelle selon les dessins d’Hadouin-Mansart. La décision d’installer une statue est prise en 1685 par les états du Languedoc qui voulaient mettre en place une statue en l’honneur de Louis XIV. En 1692, la statue est fondue. Une fois fondue la statue a dû être descendue de Paris à Montpellier. Cela ne s’est pas fait sans entraves. Première complication, son poids, car elle pèse 4,5 tonnes. Ensuite en Gironde, elle serait même tombée dans les sables de l’estuaire et s’y serait enlisée. Enfin elle a été inaugurée le 28 Février en 1718. Après la Révolution, elle est réquisitionnée par la Garde nationale. Elle a été fondue et transformée en canon. De 1793 à 1797, une guillotine a été mise à son emplacement et 27 personnes furent exécutées pendant cette période. Vous risquez de vous demander : comment se fait-il qu’il y ait encore une statue de Louis XIV sur le Peyrou? La statue actuelle n’est pas l’originale. C’est une autre statue moulée en août 1883 pensée par le sculpteur Debay (1802-1866) et fondue par Charbonneau. Cette sculpture est une copie plus petite que l’originale et est toujours en bronze. Pour la restauration de la Place Royale, elle est rénovée par l’architecte Jean-Antoine Giral de 1766 à 1774.

Un Montpellier Haussmannien

De l’autre coté de l’Arc de triomphe se situe la rue Foch. La percée pour construire cette rue s’est faite de 1883 à 1887 sous l’impulsion du maire Jules Pagézy (1802-1882). Cette restructuration urbaine est la suite des travaux d’Haussmann lancés à Paris. Le but de ce projet et d’aérer la ville, de la rendre plus hygiénique et d’y faciliter la circulation. D’abord appelée rue Impériale, elle est renommée rue Nationale en 1874 puis rue Foch en 1929. Comme pour de nombreuses grandes villes, telles que Paris ou Toulouse, le but est que la ville soit rénovée sur deux axes majeurs qui se croisent perpendiculairement (cardo et decumanum). La rue Foch devait comme dans les villes romaines se croiser à l’axe est ouest (suite de la rue de Maguelone. De même, la rue Foch devait continuer et rejoindre l’esplanade. Mais les nombreuses protestations des propriétaires menacés d’expropriation et le coût élevé des travaux empêchèrent ce projet. De ce fait nous avons à Montpellier une grande avenue comparable aux Champs Elysées à Paris, qui traverse la ville et s’arrête au centre, créant un cul de sac pour les voitures. Cette rue Foch présente aussi des immeubles de style Haussmannien. Ceux-ci, comparés au style de toiture du sud, ne sont pas plats et en tuile mais en pente douce. Cette pente arrondie a peu d’utilité dans le sud car il y neige rarement. Cependant à Paris, cette pente a pour fonction de supporter la neige si elle tombe. De même on observe des rangées de balcons qui rappellent les logements Parisiens.

Crédit: Rongier Paul

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