Cette semaine nous allons nous intéresser à la gronde sociale. Ça fait du bruit, ça occupe les médias pendant plusieurs jours et dans certains cas, ça fait des dégâts. La semaine dernière, je vous ai cité brièvement le droit de grève des français. Un bon français ? Un béret, une baguette, une bouteille de vin rouge et une activité physique et régulière : la grève.
Des enseignants à Air France, sans oublier les policiers, les médecins : la gronde sociale s’installe progressivement en France et CA FAIT DU BRUIT !
Que se passe-t-il en France économiquement parlant ? Pourquoi les salariés sont-ils en colères ? Le dialogue social est-il rompu ? WHAT’S UP MONTPELLIER vous l’explique 😉

« Quand les patrons s’enrhument, les salariés toussent »

Crédits : www.qualisocial.com

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La restructuration dans les entreprises est une réorganisation et un flot de licenciements économiques des salariés. Qu’on se le dise, ce terme est un euphémisme politique. Cette opération va permettre à l’entreprise de mieux se réorganiser et de mieux relever la tête, car les restructurations arrivent quand l’entreprise va mal. Licenciements, délocalisations, externalisation, fusion etc.
Le schéma ci-dessus (rébarbatif je vous l’accorde) nous montre deux choses importantes : la restructuration d’entreprise est très bien organisée et très brutale. Cinq phases distinctes accompagnent le processus. L’éveil : c’est quand les dirigeants de l’entreprise se rendent compte que ça va mal. Cela arrive généralement lors du changement du Président Directeur Général. La phase d’annonce, c’est la plus importante. Après un Comité d’entreprise, les dirigeants, qui se sont mis tous d’accord, annoncent leur plan de restructuration : les salariés sont sous le choc, ils sont dans le déni, en colère, ils sont tristes, résignés, ils acceptent et ensuite se reconstruisent. Vous l’avez sans doute reconnu, ce sont les phases de deuil. Ensuite vient la désintégration. Terme digne d’un film de science-fiction, la désintégration est brutale, violente et radicale. Le plan est mis en exécution, les licenciements sont actés, les délocalisations sont en cours, l’entreprise se détruit, bref « l’étoile de la mort » se désintègre. La phase de reconstruction est difficile, les salariés (ceux qui restent bien sûr) doivent s’habituer à leur nouveau poste, leur nouvel environnement, leurs nouvelles méthodes de travail etc. Enfin, la dernière étape est l’intégration : l’entreprise se relève, les salariés s’habituent, les finances redeviennent « saines ».
Pourquoi vous parler de ça, comme le ferait un professeur d’économie ? Afin de mieux comprendre la colère des salariés, la gronde sociale qui monte et qui s’installe dans notre pays.

Une guerre sociale plutôt qu’une crise sociale

N’ayant pas peur des mots, oui, nous subissons la crise de plein fouet ! On ne la voit pas concrètement, mais plutôt ses conséquences. 2015, c’est l’année des plans de restructuration. Les licenciements se multiplient dans toutes les grandes entreprises. En septembre, Radio France annonçait supprimer 270 postes d’ici 2018 ; Air France prévoit de supprimer 2 900 emplois ; Areva avait annoncé en avril 2015 son plan de restructuration, qui prévoit d’ici à 2017 quelque 6.000 suppressions d’emplois dans le monde, dont 3.000 à 4.000 en France ; Total va réduire ses effectifs de 2 000 personnes en 2015. La liste est encore longue, le malaise s’installe, la colère gronde.
Face à cette vague de plans de restructuration, les salariés craquent et se mettent en colère. Leurs moyens d’actions ? Des manifestations, des blocages, mais pas seulement. Dans certains cas, cela va plus loin, voire trop loin.

Crédits photos : JACKY NAEGELEN/REUTERS

Crédits photos : JACKY NAEGELEN/REUTERS

Cette image a littéralement fait le tour du monde. On y voit Xavier Broseta, le Directeur des Ressources Humaines d’Air France, se faire agresser par des salariés d’Air France à l’aéroport de Roissy – Charles de Gaulle, nous sommes le 5 octobre 2015.
La tension est très vite montée. Alors qu’un CCE avait lieu dans les locaux privés de la compagnie pour discuter de la suppression de 2 900 postes, des manifestants salariés et syndiqués sont entrés dans le bâtiment afin d’engager un dialogue entre eux et les dirigeants. Le problème ? Pourquoi un déferlement de violence ? Les dirigeants ont tout simplement fuit le dialogue, ils ont essayé de quitter les lieux le plus rapidement possible. Incompréhension des salariés qui se sont acharnés sur leurs victimes (rappelons qu’un membre de la sécurité a fini à l’hôpital dans le coma).

Crédits photo : JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/LEMONDE

Crédits photo : JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/LEMONDE

Mercredi 14 octobre, des milliers de policiers manifestent sous les fenêtres de la garde des sceaux, Christiane Taubira. Pourquoi ça en fait un grand événement ? Parce que cette manifestation n’a pas de précédent au 21ème siècle. Il faut remonter en 1983 pour trouver une trace. Tous les syndicats de police ont répondu présent pour exprimer à la ministre de la justice leur mécontentement à l’égard de la politique judiciaire qui serait trop laxiste. L’élément déclencheur ? Une fusillade en Saine St Denis, un multirécidiviste en cavale, classé au fichier S*, aurait blessé grièvement un policier. Les policier se sentent oubliés, ils manquent de moyens, ils en ont ras-le-bol. Le budget de la police est toujours en déficit, les policiers souhaitent plus de moyens de procédure, plus de moyens politiques. Ils préfèrent être sur le terrain plutôt que dans les couloirs des tribunaux. Le manque de moyens est criant, par exemple pour une voiture de 4 agents de police, seul 2 gilets par balles sont disponibles. Autant dire qu’en allant sur le terrain, les agents sont conscients qu’au moins deux de leurs coéquipiers ne seront pas protégés.

La gauche a-t-elle perdu le peuple ?

Le gouvernement se veut soudé et solidaire envers les manifestants. Deux ans auparavant, Manuel Valls, qui était ministre de l’intérieur à l’époque, avait accordé une demande de fonds pour revaloriser le travail des policiers. Mais cela n’est pas assez, toujours aussi peu de moyens et un grand manque de considération handicapent le travail des policiers. Alors le Premier ministre, Manuel Valls, est intervenu devant la télévision le jour même de la manifestation des policiers : « Nous entendons la colère des policiers, leur malaise, mais il n’y aura jamais de rupture entre la police et la justice ». Il a ainsi annoncé s’engager à simplifier la procédure pénale et la prolifération des armes lourdes et la limitation des permissions de sortie. De plus une réunion est prévue pour cette semaine. Concernant Air France, le gouvernement soutient les dirigeants d’Air France ainsi que leur plan de restructuration qui ne peut qu’améliorer la compagnie aérienne trop pénalisée par la concurrence étrangère. On le voit, le président de la République François Hollande ainsi que ses ministres restent à l’écoute des revendications, protestations des salariés / ouvriers / du peuple français. Le dialogue n’est pas pour autant rompu, les manifestations qui dégénèrent ou non font partie du mécanisme du dialogue social.

Je terminerai par cette citation de Coluche : « Les syndicalistes et les fonctionnaires, ils ont tellement l’habitude de ne rien faire, que lorsqu’ils font la grève, ils appellent ça une journée d’Action. »

* L’agresseur en cavale était soupçonné de s’être radicalisé en prison, selon une source proche du dossier. La fiche «S» signifie Sûreté d’Etat et implique une surveillance discrète en cas de contrôle.

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