Black Mirror est une série anglaise qui a été diffusée pour la première fois le 4 Décembre 2011 sur Channel 4. L’une de ses grandes forces, c’est son originalité.

Un OVNI à la télé

Au niveau de la forme déjà : seulement trois épisodes par saison (deux saisons actuellement), d’environ 50 minutes chacun. Ensuite au niveau thématique, la série fait la part belle à l’anticipation. Les auteurs développent et critiquent nos habitudes et travers modernes, souvent liés à la proportion grandissante de la place de la technologie dans nos vies. La série satyre autant le voyeurisme grandissant et angoissant de notre société, les dérives du transhumanisme ou encore l’intelligence artificielle.
Finement produits, les récits disponibles, qu’on considérera plus comme des moyens métrages que comme des épisodes classiques, font également place à de jeunes et talentueux acteurs qui tiennent parfaitement leur rôles.
Mais selon moi, la qualité de sa série ne se trouve pas tant dans sa production que dans son importance en tant qu’oeuvre politique.

Un visionnage nécessaire et politique

On l’a malheureusement compris avec l’Histoire , lorsqu’une société rejette, uniformise ou régularise les artistes, c’est qu’elle est malade, toxique et dangereuse. Le récit d’anticipation en particulier se trouve être une lueur de clairvoyance face à cet obscurantisme. Preuve en est 1984 de George Orwell. L’auteur a vécu les troubles du XXe siècle et le monument d’anticipation qu’est 1984 s’inspire des différentes formes de fascisme. Mais par chance, des artistes comme Orwell sont alertes. Ils s’engagent, ils résistent. Je suis profondément convaincu que toute oeuvre a une portée politique et les artistes alors opposés au fascisme sont tout aussi importants que les soldats résistants. La lucidité d’Orwel est comparable à la prise de conscience de Georg Esler, qui a organisé en 1939 seul et contre tous un attentat contre Hitler. Esler était alors plongé au coeur de la société allemande mais a réussi à prendre du recul pour comprendre ce qui arrivait et il en est de même pour Orwell; ne voyons-nous pas ces prédictions se réaliser actuellement ?

Crédit : Zeppotron/Channel 4

Crédit : Zeppotron/Channel 4

Le fait est qu’aujourd’hui, dans la masse médiatique dominante, l’anticipation est très peu présente. Black Mirror semble être une capsule unique et privilégiée de ce genre.
Visionner cette série n’est pas une simple question de goût ou de divertissement, c’est avant tout un acte politique : le soutien à une oeuvre d’un genre qui mérite beaucoup plus de part son utilité publique. Mais aussi un acte citoyen : la remise en question de nos actes et de la société qui nous entoure.

Analysant, critiquant, et extrapolant les dérives de nos comportements, Black Mirror accomplit un projet trop rare à la télévision : la mise en alerte des esprits en nous faisant prendre du recul.

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