Le vendredi 18 septembre, l’Université Paul Valéry Montpellier 3 a connu un grand moment pour son université. Cette date a marqué la réouverture du Musée des Moulages. Ce joyau de l’université, fermé depuis 2007 pour des travaux de rénovation, a enfin rouvert ses portes. Cette collection que l’université a l’honneur de présenter à nouveau à ses étudiants et enseignants chercheurs est une des collections de moulages les mieux conservés et exposés dans une université française. L’Université Paul Valéry n’est pas la seule université de France à posséder une collection de moulages. En effet, les universités de Toulouse et de Lyon possèdent elles aussi des collections de moulages bien plus importantes que celle de Montpellier. Cependant, la collection de l’Université Paul Valéry est mieux exposée et conservée que celles de Toulouse ou Lyon.

Le musée a été inauguré par Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry Montpellier 3, ainsi que par la vice-présidente déléguée à la Culture de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, Nathalie Moureau. Dans l’amphithéâtre C, à 17 heures, Anne Fraïsse est intervenue en premier pour rappeler le travail qu’a été la rénovation de ce musée. En second, Jean Luc Martinez, directeur du Musée du Louvre, qui a apporté son soutien au musée pendant les rénovations a pris la parole. Il fut ensuite suivi du président de Montpellier Méditéranée Métropole, Philippe Saurel. Rosa Plana-Mallart (conservatrice du Musée des Moulages) et Géraldine Mallet (conservatrice adjointe du Musée des Moulages) ont participé à l’inauguration en présentant le nouveau musée aux invités.

Crédit : Paul Rongier

Crédit : Paul Rongier

Qu’est ce qu’un Moulage?

On appelle moulage l’empreinte qui est réalisée directement sur l’œuvre originale, par estampage avec des élastomères de haute précision: c’est-à-dire prendre l’empreinte et introduire dans ce négatif la substance qui fait obtenir un positif. On obtient un moule grandeur nature, fidèle dans les moindres détails. Dans le souci de rester le plus proche possible de l’œuvre originale, la reproduction est réalisée en résine chargée de poudre de pierre, de marbre, de bronze ou d’autres charges synthétiques. Sinon, les matériaux les plus appropriés sont le plus souvent l’argile, la cire, et le plâtre. Il ne s’agit donc pas pour un moulage d’une résine de synthèse unique pour tous les modèles. Par ce procédé, la reproduction présente la même couleur, la même densité, le même poids, le même aspect visuel et sensoriel que l’original. De nos jours, il est possible de recourir au ciment, au latex, et des produits de synthèse analogues qui donnent lieu à une recherche de plus en plus affinée. Ces recherches permettent d’accroître la résistance et la dureté de telle ou telle résine exposée à l’air libre. Pascal Roumégoux et Anthony Quatrevaux, restaurateurs des moulages, ont confié à What’s Up Montpellier que refaire un moulage comme ceux du musée serait extrêmement compliqué. « De nos jours tout se fait en silicone » confie Anthony. « Refaire un moulage comme ceux grandeur nature demanderait plusieurs moules. Un bras, pour être mouler, demanderait 2 à 4 pièces à lui tout seul pour bien envelopper toute la surface. En tout une grande sculpture peut demander plus de 200 à 300 pièces. De plus, le travail est plus long. Pour une sculpture comme le Laocoon, rien que le pied du Laocoon présentant des creux demanderait une technique précise et minutieuse. Cette technique de moulage reste surtout utilisée dans les écoles pour des travaux préparatoires. »

Crédit : Paul Rongier

Crédit : Paul Rongier

Quelle est l’histoire du musée et de ses collections?

Le Musée des Moulages de Montpellier de la faculté des lettres a été créé en 1890. Il a été inauguré le 23 Mai 1890, le jour de la célébration du sixième centenaire de l’université de Montpellier. Pendant treize ans, le nombre de collections primitives a doublé. La quantité de moulages fut tellement importante que son lieu de départ devint vite insuffisant et les collections furent délocalisées. Le 16 Mai 1903, le musée ouvre au public. Le Musée des moulages comprenait d’abord exclusivement des collections antiques. La section médiévale n’était encore qu’un projet. Une salle y était prévue, la salle dite « du rez-de-chaussée », mais elle n’était pas encore organisée. En 1904, le musée achète les cent cinquante pièces de la collection médiévale constituée à Valence par le chanoine Didelot. Le chanoine Charles Joseph Didelot (Valence 1826 – Valence 1900) est un curé de la Cathédrale de Valence de 1868 à 1900. C’est pour illustrer l’évolution de la sculpture chrétienne entre le IVe et le XII e siècle qu’il forma le projet de réaliser des moulages et des sculptures. Ces productions restent considérées comme les plus remarquables du Sud-Est de la France, de la Catalogne à l’Auvergne. On sait peu de choses sur la réalisation matérielle des moulages eux-mêmes pour la collection Didelot concernant la techniques, l’époque, l’atelier . Toutefois, une notice nécrologique sur l’architecte Pierre Baussan (1814-1888), parue en 1919 dans Le Bulletin de la société d’archéologie et de statistique de la Drôme nous fournit quelques indications:

 » En 1861, Pierre Bossan, architecte de renom, se lia d’amitié avec Charles Didelot. Ensemble, ils déploient l’abandon des bonnes et saines traditions en matière d’art religieux. En l’absence de toute école où puissent se former les artistes appelés à construire ou à orner les églises, ils décidèrent de créer cette école et, grâce à l’aide de quelques artistes intéressés, elle ouvrit ses portes dans le presbytère de Notre Dame à Valence, le 19 mars 1863. Dufresne, le statuaire lyonnais, y enseignait la plastique, tandis que Bossan y formait les architectes. En 1868, l’école suivit le chanoine Didelot nommé à la cure de la cathédrale Saint Apollinaire et s’établit dans la basse ville, dans un vaste enclos où l’on put construire des ateliers de sculptures et de marbreries. »

Les moulages pour l’enseignement dans cette école ont étés exécutés par son atelier de sculpture selon les procédés utilisés à l’époque (prise d’empreintes à l’argile et tirage au plâtre en un seul exemplaire). L’ampleur du programme, les difficultés de la prise d’empreinte (moule in situ), les dimensions considérables de certains moulages (comme le piédroit du portail de Saint Gilles du Gard) suffisent déjà à justifier l’intérêt de cette collection et sa valeur pédagogique.

De plus, cette collection de moulages médiévaux ne rentre pas en contraste avec les moulages antiques. Au contraire, l’on peut voir dans les moulages médiévaux l’influence antique. Ces œuvres de l’art roman s’inspirent de l’art romain. L’art roman ne copie pas l’Antiquité, il s’en inspire, il le déforme. On peut le voir par le profil de certains personnages dans les bas-relief ou dans les décors de certains chapiteaux grâce aux feuilles d’Acanthe. Les moulages médiévaux sont rangés par région ou par type. D’abord les bas-reliefs, après les sarcophages, ensuite les chrismes et chapiteaux. Pour les régions, nous avons une partie consacrée aux moulages de la région de Valence, une autre à la région catalane et une dernière à la région auvergnate. La partie gothique finit la partie médiévale en étant au fond de la collection.

Plusieurs œuvres originales, moulées il y a plus de cent ans, ont maintenant disparu ou sont gravement altérées, les moulages sont les seuls témoignages qui nous restent de ces œuvres. De plus dans l’ancien Musée des Moulages, les moulages étaient directement encastrés dans le mur. De ce fait, elles ont été difficilement retirées. Cela crée un arrière plan chaotique où se mêlent débris de bois et de stuck. Cela alourdit fortement les moulages qu’il a fallu nettoyer de façon à les alléger pour pouvoir les accrocher aux murs du musée. Chaque moulage a eu un protocole bien particulier. Il a fallu retirer les œuvres sans les sectionner. Il a fallu enlever le parement de plâtre tout en faisant attention à la limite de l’ancien décor en plâtre. Cela donnait une contrainte supplémentaire à la restauration. Sans ce travail, le mur du musée n’aurait pu les supporter et le mur se serait écroulé sous le poids des moulages.
De plus, avec les nombreux déplacements, certaines œuvres ont connu quelques désagréments malgré la bienveillance qui leur à été faite. Ce n’est pas tout, car lors des fortes pluies,les bâtiments, étant anciens, connurent des fuites avant rénovation et certain moulages furent détériorés, remplis par l’eau. Ceux qui ont le plus souffert des intempéries étaient les moulages près des murs, sur lesquels la pluie a ruisselé. Certain sont tombés d’eux mêmes et se sont détériorés dans le musée. En 2007, le musée ferma car le lieu était devenu impraticable et dangereux pour le public. Manque de fond, il resta bloqué, fermé. En 2009, les moulages déplaçable furent coffrés dans des caisses américaines et déplacés afin de permettre la rénovation du bâtiment.

Ceux qui ne nécessitent pas de restauration d’urgence vont rester coffrés pendant six ans. En 2010, des moyens par collaboration permettent de lancer une restauration d’urgence. 217 moulages, tant antiques que médiévaux, sont restaurés. Dans la partie médiévale, des bas-reliefs et des chapiteaux étaient endommagés. Ceux-ci, pour mieux être conservés, furent placés en hauteur sur des supports sur mesure. Pesant 150 kilos, les moulages furent installés grâce à des échafaudages. Ceux qui sont en plusieurs parties pèsent au minimun entre 30 et 40 kilos. Ils ont demandé un effort considérable pour être manipulés avec précaution.

Crédit : Paul Rongier

Crédit : Paul Rongier

Comment a été conçu le bâtiment?

L’édifice, conçu par les architectes Jean-Claude Deshons et Philippe Jaulmes sous la direction de René Egger, a une surface de 1120m2. C’est 2 millions d’euros qui auront permis de rénover le musée de 2007 à 2013. Le bâtiment veut profiter au maximum de la lumière zénitale, la meilleur lumière pour regarder des œuvres. Pour cela, le plafond est percé de caissons en lambris clairs qui éclairent tout l’espace du musée. Sans changer l’esthétique du musée, celui-ci a été refait. Le bois qui lui servait de structure était trop exposé aux intempéries et aux risques d’incendies. Le plafond est un faux plafond en bois qui reconstitue les puits de lumières avec une résistance adaptée. Avec ses nombreuses ouvertures, le spectateur peut jouir de nombreux points de vue pour observer les moulages. Ces 36 ouvertures reflètent une lumière qui met en valeur les plâtres blancs tout en les faisant sur les murs noirs et le sol ardoise. Les travaux de rénovation ont permis de réorganiser tout l’espace de façon à inclure une rampe d’escalier pour les personnes à mobilité réduite. De même, toute les collections ont étés déplacées, et la muséographie s’est vu plusieurs fois modifiée. Le but étant de faire de nouveaux socles faits sur place pour réinstaller les moulages. Chaque moulage a sa place et n’empiète pas sur un autre. Pour chacune des œuvres a été élaboré un bilan sanitaire destiné à préciser le traitement nécessaire pour chacune des œuvres.
Ce projet de rénovation du musée s’est réalisé par la collaboration de la direction Régionale des affaires culturelles du Languedoc Rousillon et de Montpellier Méditerranée Métropole, comprenant le directeur du musée Fabre et du site archéologique Lattara. Le Musée du Louvre de Paris et le musée d’art Catalan à Barcelone ont aussi permis de soutenir le musée grâce à leur collaboration. Ces collaborations ont permis de suivre un projet scientifique et culturel visant une remise en forme du musée. Le musée se veut maintenant attractif et exercer une influence hors de l’université. Il veut devenir un site de référence sur la sculpture antique et médiévale. A l’avenir, le musée veut aussi s’ouvrir à l’enseignement artistique avec un partenariat avec les écoles et musées de beaux-arts. Le musée se veut ouvert aux étudiants et chercheurs, mais aussi au grand public et au public scolaire.

Pour cela, la scénographie a été revue selon trois axes:

– la dimension universitaire et patrimoniale du musée;
– la dimension historique, scientifique et pédagogique des collections;
– l’insertion du musée dans l’université du XXIe siècle.

Ce travail de scénographie a été confié à l’agence ISBA, pilotée par Isabelle Raymondo (architecte-scénographe), accompagnée de Jeanne Cassier (restauratrice) et Paula Mutel (graphiste). Elles ont travaillé sur un agencement cohérent avec l’environnement architectural du musée. Bien que tout fut revu, l’envie de garder cette accumulation de sculptures à été conservé. Tout en chargeant l’espace, le parcours est resté clairement défini pour que le spectateur ne soit pas perdu. Le soclage des œuvres a été réalisé sur mesure pour chaque moulage. Cela permet à certaines ouvres de ne plus être exposées à même le sol mais en hauteur sur des supports ou podiums. Ces socles ont étés réalisés par Pascal Roumégoux et Anthony Quatreveaux. Des remerciements sont faits à Fabrice Belmessieri, ingénieur numérique de l’université, qui à réalisé pour le musée un film relatant les années de rénovation. Deux éléments importants dans cette rénovation étaient deux étudiants vacataires, qui ont servi d’intermédiaires entre l’Université Paul Valéry et les entreprises. Un grand merci à Morgane Rubio, doctorante en deuxième année et vacataire pour le musée depuis quatre ans. Un grand merci aussi à Mathieu Toubas étudiant en fin de Master 2 archéologie.

Ce film que vous pourrez regarder vous montre comment les moulages ont étés déplacés, rénovés et organisés. Des témoignages de toute l’équipe vous expliquent leurs rôles au sein de cette rénovation.
Contrairement à l’ancienne scénographie, Paula Mutel a doté le musée de panneaux didactiques. Ces panneaux rythment la visite et guident le spectateur. Cela permet d’ouvrir chaque section par un texte introductif à la section. De même, chaque œuvre comporte un cartel nouveau et des mises à jour. Pendant les travaux de rénovation, l’entreprise Transmanudem s’est chargée du déplacement des œuvres sous le contrôle des restaurateurs Pascal Roumégoux et Anthony Quatreveaux.

Dans le but de la conservation des œuvres, un chantier-école a été mis en place. Il aura pour objectif pendant trois ans de veiller au nettoyage des œuvres. Dix étudiants de l’École des Beaux Arts de Tours encadrés par des professionnels vont parfaire leur apprentissage par des actions de restauration et de nettoyage.

Avec l’ouverture du musée des moulages, l’université se voit dotée d’un nouvel outil pédagogique qui complète ses équipements culturels, dont le Théâtre la Vignette et l’orchestre.
Les 20 000 étudiants de notre université pourront profiter pleinement de ce musée à partir du 21 septembre. Ils pourront voir et apprécier cette collection classée depuis 2009 au titre de monument historique, située au centre du campus. Les étudiants auront aussi pendant leur visite la surprise de constater que le Musée des Moulages ne se concentre pas uniquement à l’art antique et médiéval, comme le montre La garde républicaine de Xavier Veilhan, présent grâce à la collaboration avec le fond régional d’art contemporain.
Ceux qui connaissaient le Musée des Moulages avant sa rénovation risquent de ne plus le reconnaître et d’être surpris par le travail accompli. Mais ceux qui connaissent les moulages risquent de les redécouvrir dans cette nouvelle installation. Ceux qui auront la chance de les découvrir verront des choses auxquelles ils ne pouvaient pas penser et, dans cette foret de statues, seront impressionnés par la richesse de ce musée.
Enfin, pour une dernière fois, l’équipe de What’s Up Montpellier remercie tout ceux qui permis de rénover ce musée et qui y ont travaillé jusqu’à pas d’heure pour que nous, spectateurs, puissions en profiter.

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